Virginie Despentes

King king théorie est sans doute mon livre préféré. Je le relis régulièrement, j’en ai besoin, ça me fait du bien et ça me remet les idées en place quand je suis dans le doute. Dans cette interview pour Society, Virginie Despentes parle de #metoo. Elle dit des choses qui vont droit au cœur, avec ses mots cash, sur les injonctions que reçoivent les femmes au sujet de leur corps et de leur sexualité. Genre : “Alors tu n’as pas le droit de baiser parce que c’est un truc de salope, et de toute façon t’es une grosse vache qui pue.” C’est tellement efficace, et c’est exactement ça ! Mais elle instille aussi de la remise en question, et ça c’est précieux. Elle pose de façon complètement #anarchiste la question de la police et de la justice dans la gestion des crimes sexuels. J’ai été jury aux assises il y a des années, dans une affaire de viol justement , tout était d’une violence et d’une tristesse atterrantes, tout comme l’était la prison de la Santé, qu’on nous a fait visiter. Absurdité d’un système pénitentiaire qui ne recadre pas, qui n’éduque pas. Qui isole, puis relâche, sans que le problème de fond n’ait été abordé. Quel autre système est possible ? Je n’ai pas de réponse mais n’empêche que soulever cette question est courageux et profondément intéressant. Elle parle aussi du fait qu’avec #metoo on a découvert que “plein de jeunes femmes ne rigolent pas avec le sexe”. Elle dit juste ça comme ça en passant. Ça fait direct écho pour moi avec le fait que #metoo a vu se libérer la parole sur tous un spectre de violences sexuelles, allant de la remarque déplacée au viol. C’est sur les remarques déplacées que des hommes comme des femmes se sont pas mal exprimés, disant que ce n’était pas de la violence mais de la légèreté, du batifolage, revendiquant leur droit à importuner pour séduire ou bien à être importunées parce que ce serait flatteur. Mais comment les femmes pourraient-elles prendre des commentaires sur leur corps et leur sexualité avec plaisir et légèreté, alors qu’on nous explique que le sexe c’est grave, ça salit, c’est dangereux, que notre corps est impur, déclencheur de pulsions bestiales ? Sérieux : comment peut on rigoler avec le sexe, quand il est d’une part si souvent imposé… et d’autre part, qu’il est considéré comme honteux et méprisable de l’aimer sans réserve ? 

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