Au sujet de la campagne de harcèlement que le performer Rooster mène contre moi depuis un an et demi.

NB: Rooster est un acteur de films pour,ographiques qui revendique une identité de genre non binaire, j’utiliserai donc dans ce texte le pronom « ille ».

Je rencontre Rooster en avril 2017. Nous devenons amants.

Je rencontre Rooster au Porn Film Festival de Londres, en avril 2017. Rooster me dit avoir adoré mon 1er film, The Bitchhiker, nous sympathisons, puis nous nous revoyons le lendemain. Une après-midi passée à la Tate Modern, à parler porno alternatif. Et qui se conclut le soir même, tous les deux, à mon hôtel. Rooster et moi y passons notre première nuit ensemble. 

Je repars à Paris le lendemain ou surlendemain. Rooster et moi restons en contact. Ille m’envoie des messages quotidiennement, ponctués d’emojis cœurs. Je travaille à cette époque à la pré-production de plusieurs films pour Erika Lust. Rooster m’ayant avoué qu’ille rêvait de tourner pour Lust Productions, je lui propose de le mettre en relation avec Erika Lust Films. En plus de nos conversations personnelles, des projets professionnels s’ajoutent à nos échanges.

Rooster passe deux entretiens avec Erika Lust Films (un avec leur talent manager, et un avec Erika Lust). Il lui est demandé quelles sont ses limites sexuelles, et s’ille aimerait performer avec moi. Nous sommes finalement castés pour performer ensemble dans Architecture Porn. Nous recevons le script peu de temps après, et nous mettons d’accord pour pratiquer une scène de pegging. Nous discutons en détail avec la production du choix de harnais et de gode ceinture.

Rooster m’écrit qu’ille a envie de me voir. Je partage cette envie, j’organise un week-end en France dans un AirBnB en bord de mer. Balades sur la plage, restaurant, séances photo au polaroïd, sieste avec vue sur la mer. Nous profitons de ce temps passé ensemble pour mettre au point nos pratiques et notre consentement pour la scène de pegging qui aura lieu lors du tournage d’Architecture Porn. Pendant ce week-end, notre lien se renforçant, et Rooster montrant beaucoup d’enthousiasme pour mon travail, j’invite Rooster à performer également dans mon film Don’t Call Me A Dick qui doit être tourné à Barcelone juste après Architecture Porn. Il y jouera aux côtés de Bishop Black et Heidi Switch.

Rooster joue dans deux films tournés à Barcelone en juin 2017. Je réalise le premier : Don’t Call Me A Dick. Le second, Architecture Porn, est réalisé par Erika Lust, nous y sommes co-performers.

Lors de la préparation de Dont’ Call Me A Dick, Rooster est traité avec tout le professionnalisme indispensable à la pré-production d’un porno éthique. Le scénario du film lui est envoyé un mois à l’avance. Rooster confirme par écrit et par oral qu’ille est à l’aise avec les actes sexuels qui y sont décrits. Il lui est été donné l’occasion de s’entretenir avec Heidi Switch pour lui expliquer ses limites avant le tournage. 

Rooster et moi nous retrouvons donc à Barcelone pour les tournages d’Architecture Porn et Don’t Call Me A Dick. Rooster se montre en demande de passer du temps avec moi, alors que je suis très prise par la pré-production de deux de mes films. Ille vient dormir à mon appartement au lieu de profiter de sa chambre d’hôtel. Cela nous donne l’occasion de nous reparler de ce que nous ferons sur le tournage d’Architecture Porn.

Nous jouons ensemble dans Architecture Porn le 9 juin 2017, la scène de pegging se passe dans une ambiance complice. Pendant le tournage, chaque position que nous effectuons est discutée avant d’être réalisée entre nous et avec la réalisatrice, Erika Lust, et cela en présence de toute l’équipe du film ainsi que de la talent manager. Un making-of documente précisément le tournage. Après le tournage, Rooster dit être heureux de son expérience. Nous dormons ensemble le soir même.

La veille du tournage de Don’t Call Me A Dick, Rooster m’explique se sentir un peu malade, comme s’ille avait attrapé un gros rhume. Je lui propose de se reposer, et de le remplacer. Bishop Black est d’accord pour jouer son rôle dans le film, remplacer Rooster ne nous pose donc aucun problème. Rooster proteste et insiste pour tourner. 

Le 11 juin, sur le plateau de Don’t Call Me A Dick, Rooster arrive fatigué. Il commence la journée en s’absentant longuement alors qu’il était attendu pour tourner. Je lui propose de nouveau de rentrer à son hôtel. Rooster me prend alors à part et me demande si je ne serai pas jalouse de sa co-performeuse, Heidi Switch, lorsqu’ils tourneront leur scène ensemble. Je réponds : non, bien sûr que non ! Rooster semble blessé par ma réponse. Ille se renferme. 

Nous revoyons le plan de travail pour laisser à Rooster le temps nécessaire pour se reposer à l’écart. Lorsque c’est au tour de Rooster de tourner, la production et moi-même lui demandons de nouveau s’ille se sent prêt à performer. Rooster répond que oui, ille veut tourner. Nous tournons donc les pratiques sexuelles pour lesquelles ille nous a donné son accord, et uniquement ces pratiques sexuelles. Je lui demande plusieurs fois s’ille va bien. Ille ne nous signale aucun inconfort. Le soir même, ille vient de nouveau dormir chez moi.

Au retour des tournages, je mets un terme à notre relation amoureuse.

Le lendemain, je repars en France. Le matin, avant mon départ pour l’aéroport, Rooster m’avoue qu’ille m’a trouvée distante sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. Qu’ille aurait aimé que je montre plus d’empathie pour son rhume, et qu’ille aurait souhaité voir que ma mission professionnelle m’importait moins que notre relation personnelle. Je lui réponds qu’ille ne s’agissait pas de faire un choix entre lui et le film. 

À peine suis-je arrivée à l’aéroport, que Rooster m’envoie de très longs messages audio, insistant sur le fait qu’ille ne souhaite pas que notre relation se termine, et confessant des penchants paranoïaques dans le cadre de ses relations amoureuses.

Arrivée à Paris, j’explique à Rooster que je ne me vois pas continuer une relation amoureuse avec lui. Nous passons un long moment au téléphone, j’expose clairement les raisons pour lesquelles je ne me projette pas dans une relation avec lui, avec toute la bienveillance possible. Nous tombons d’accord pour rester amis. 

En juillet 2017, je confie malgré tout à Rooster le poste de chef opérateur sur un film que je réalise à Berlin.

J’avais proposé à Rooster, peu de temps après notre rencontre, de travailler ensemble sur mon film suivant, l’orgie We Are The (Fucking) World. Il doit être tourné à Berlin en juillet 2017, et Rooster doit y être cette fois chef opérateur. Malgré l’aspect compliqué que prend la relation avec Rooster, je ne veux pas que la fin de notre lien sentimental vienne lui ôter une opportunité professionnelle. Je maintiens donc ma proposition de travailler avec lui comme directeur de la photographie. 

Lorsque nous nous retrouvons à Berlin, Rooster insiste pour que nous parlions de nous, sans que je saisisse bien ce que nous pourrions encore nous en dire. L’échange tourne court. Une fois sur le tournage, Rooster se révèle être un collaborateur particulièrement difficile. Prenant exagérément son temps, quand justement le temps presse, refusant d’écouter la directrice de production, et répondant de façon dure et sèche à mes questions. Je trouve son attitude agressive et peu professionnelle. Pendant le dérushage du film, que je mène à Paris, la directrice de production et moi-même recevons même de longs messages audios agressifs de la part de Rooster, car j’ai osé lui dire que nous avons des problèmes de mise au point et d’exposition sur ses rushes. Il a qualifie nos commentaires de « bullshit ». 

La directrice de production met donc les pendules à l’heure avec Rooster. Elle lui envoie le message suivant :

 “I have watched your rushes, and I must say, I am disappointed. You took only very short shots and no close ups. You did not shoot the whole thing. You would not take direction from Barbara or myself. You were not open to any dialogue with me in order to trouble shoot problems or come up with alternative solutions.

You did not do your job. As you were, in the beginning, willing to do this job for free, I assumed you cared. I assumed you were invested. Your lack of motivation to capture what you were asked to document is shocking.

En août 2017, je mets un terme à mes collaborations professionnelles avec Rooster et en informe Lust Productions. En octobre 2017, à la demande de Rooster, Rooster et moi nous voyons au Porn Film Festival de Berlin.

Rooster et moi nous revoyons en octobre 2017, à sa demande, lors du Porn Film Festival à Berlin. Nous parlons à cœur ouvert de mon feedback auprès de Lust production, et comme Rooster se montre amical avec moi,  je lui propose de demander à Lust de lui donner une seconde chance comme chef opérateur. Rooster me demande s’ille peut me présenter à d’autres performers, que mon travail intéresse. Me présenter à d’autres performers… un signe parmi tant d’autres qu’à ce stade, il n’a rien à reprocher à mon travail.

Suite à cette entrevue, ille semble apaisé, nos relations restent amicales. Le mois suivant, Rooster soutient la promotion des deux films sur lesquels ille a travaillé. Nous projetons un voyage en Pologne pour un festival de cinéma. 

En décembre 2017, Rooster me dit qu’ille souhaite renouer une relation amoureuse avec moi. Je lui annonce que j’ai rencontré quelqu’un.

En décembre 2017, je suis de passage à Londres pour une projection de We Are The Fucking World. Rooster propose que nous passions une soirée ensemble. J’accepte. Mais ille assortit alors sa proposition d’un message dans lequel ille demande à ce que nous renouions une relation amoureuse. 

« Maybe we could kinda try and reignite our « more-than-friendship-but-not-really-a-relationship » relationship. »

Je lui réponds par écrit que c’est impossible, car j’ai rencontré quelqu’un et que j’ai une relation exclusive avec cette personne. Je maintiens mon envie de le voir à la projection et de dîner amicalement avec lui. Mais Rooster m’envoie un long message audio, coléreux cette fois, qu’il me dit être son message « final ». Ille exprime qu’ille se sent manipulé émotionnellement, et dit qu’ille ne veut plus entendre parler de moi sur le plan personnel. Ille ne veut rester en contact que sur le plan professionnel, pour la promotion des films :

« I know I still have to have associating with you regarding We Are The Fucking World or whatever or other kind of films that we’ve done together, but I think on a personal level, the fact that you couldn’t even give me some time, and as I said, drag this on for like so long since June, even if it’s not even to speak about relationship or whatever but even on a personal working relationship, you haven’t really given me the time of day. That’s why I felt manipulated and stuff, and I don’t see why I’ve had to speak to everyone else who aren’t really connected to the issue and you can just give me a moment of clarity. Unfortunately, in order not to further be more, not traumatized, but to be more like, from where I’m coming from feeling in a way emotionally manipulated. I wouldn’t want that to happen again and for me to be spiraled. I’ve been thinking a lot. I openly feel like outside of work, basically, and outside of the working relationship, I don’t feel like meeting up with you. »

Je ne lui donne donc plus aucune nouvelle.

Rooster dit dans des festivals qu’une de ses limites sexuelles n’a pas été respectée sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. J’essaie de comprendre.

C’est en mai 2018 que j’apprends par l’intermédiaire du festival La Fête du Slip que Rooster va depuis au moins le mois de mars de festival en festival en disant qu’une de ses limites sexuelles a été violée sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. 

Mes demandes d’explications à Rooster restent vaines. Ille répète qu’une de ses limites a été franchie mais refuse de donner plus d’explication, de préciser ce qu’il s’est passé précisément. 

Je contacte l’équipe présente sur le tournage de Don’t Call Me A Dick, joins Heidi Switch, la co-performer de Rooster dans le film (Bishop Black n’a aucune interaction avec Rooster sur le tournage), pour tenter de comprendre. Personne ne saisit les accusations . 

Les propos de Rooster sont confus et vagues, mais il est clair que je suis la seule personne visée. Je comprends les semaines suivantes qu’ille contacte toutes les personnes avec qui j’ai travaillé pour leur dire que je suis quelqu’un de « dangereux ».  

Après une tentative de médiation entièrement à mes frais, pendant laquelle Rooster refuse encore une fois d’en dire plus sur l’agression qu’ille prétend avoir subie, je décide de rompre le contact. 

Rooster multiplie les accusations contradictoires, sur une dizaine de plateformes et réseaux sociaux. En quelques mois, ille publie une centaine de posts me visant personnellement.

Rooster reprend la campagne contre moi sur les réseaux sociaux. Ille se met à publier abondamment les correspondances privées que nous échangions du temps où nous nous voyions, dans un but que je ne saisis pas, ainsi que des photos intimes de moi au lit, et des photos de mon visage gribouillées maniaquement de noir. Les messages qu’ille publie sont recadrés, présentés dans des contextes différents. Mais surtout, Rooster utilise le hashtag #metoo. Et me surnomme très sérieusement Harvey Weinstein. 

En quelques mois, ille poste une centaine de posts sur toutes les plateformes et réseaux sociaux imaginables, de YouTube à Facebook et Instagram en passant par Twitter et Medium, m’accusant d’être une personne « manipulatrice », « dangereuse », qui a commis des agressions sexuelles. Ille dirige sa campagne de harcèlement contre Erika Lust, qui a produit mes films et les distribue, a gagne ainsi de la visibilité. Obtenant l’attention de quelques influenceuses, Rooster redouble ses efforts. Et ille commence à multiplier des versions de plus en plus à charge, sans se soucier de se contredire.

Ille continue d’abord d’assurer avoir été agressé sexuellement sur le plateau de Don’t Call Me a Dick, en me désignant comme son agresseur, et sans vouloir en dire plus. Cependant, Heidi Switch est la seule personne avec qui ille a eu une interaction sexuelle lors du tournage. Rooster n’accuse jamais Heidi Switch d’avoir franchi la moindre de ses limites sur le plateau. Ses accusations me visent toujours personnellement.

Rooster et moi n’avons pas été seuls une seconde ce jour là, j’étais à chaque moment avec mon chef op et/ou l’assistante réal. Plus d’une dizaine de personnes étaient constamment sur le plateau. Rooster avait donné son consentement pour la liste de pratiques sexuelles que nous allions tourner. Nous n’avons tourné que ces pratiques. Rooster n’a exprimé aucun inconfort sur le plateau, ni à moi, ni à aucun membre de la production.

Dans un deuxième temps, Rooster prétend que nos relations n’ont jamais été que professionnelles, et que je l’ai harcelé et abusé sexuellement. Sa réécriture de notre histoire va loin, là encore : je lui aurais fait croire que pour tourner dans Architecture Porn, il était obligatoire selon les protocoles de Lust Productions qu’il ait un rapport sexuel avec moi. C’est pour cette raison que nous serions devenus intimes.

Je porte plainte.

À l’époque, je me refuse à publier les nombreux messages sentimentaux, les sextos, et mêmes les messages de dépit amoureux de Rooster pour prouver sa mauvaise foi et sa malveillance…  Il est important pour moi de réagir d’une façon qui me semble juste et digne. Je n’ai pas envie de me soumettre à un simulacre de tribunal populaire sur les réseaux sociaux, ni de livrer ma vie privée en pâture pour me justifier d’accusations décousues, contradictoires, absurdes même.

Je fais le choix de porter plainte en France pour diffamation ainsi que harcèlement et qu’atteinte à la vie privée. Je prends une avocate et décide de m’en remettre à la justice, malgré son coût, et sa lenteur. Rédiger la plainte en harcèlement nous prend des mois, il nous faut lister les dizaines de posts et de sites de Rooster, rassembler des certificats médicaux et des témoignages. C’est long, mais on y arrive enfin. Ma plainte pour harcèlement et atteinte à la vie privée est consultable ici, elle reprend les faits de façon claire et précise.  

Le harcèlement s’intensifie.

Bien sûr, avant de déposer plainte, j’ai envoyé des mises en demeure à Rooster, lui demandant de cesser ce comportement. Mais elles n’ont eu aucun effet, Rooster continue semaine après semaine et mois après mois à multiplier les pages web et les comptes sur les réseaux sociaux, tous dédiés à m’accuser des pires crimes. Ses messages hargneux, moqueurs, prenant un maximum de personnes à témoin et les enjoignant à se détourner de moi, me tombent dessus par salves — jusqu’à des dizaines en quelques heures.

Les posts de Rooster sont repris et partagés par de plus en plus de personnes, promptes à s’indigner. La dynamique sur les réseaux sociaux est ainsi faite que les gens ne cherchent pas à comprendre, à vérifier. Cela aurait pourtant été simple… il y avait 12 personnes sur le tournage, identifiées clairement, et faciles à contacter pour vérifier ses dires. Mais il est plus facile de monter sur ses grands chevaux immédiatement, de relayer ces histoires scabreuses et d’appeler à mon lynchage virtuel, non ? Je le sais, je l’ai fait aussi. On a l’impression que le temps passé sur les réseaux sociaux n’est pas vain, qu’on sert à quelque chose, qu’on se bat pour les bons, qu’on lutte contre les méchants, qu’on contribue à rendre le monde meilleur. En un simple clic. C’est satisfaisant. Mais quelles conséquences ont tous ces simples clics…

Des amis, des contacts professionnels me tournent le dos. Mais un de perdu, dix de retrouvés. Des gens que je ne connais pas me contactent pour m’insulter.

☛ Je contacte la police au Royaume Uni. Rooster reçoit un avertissement pour harcèlement de la part de la police Londonienne.

Je porte plainte pour harcèlement directement auprès de la police au Royaume Uni, dont Rooster est citoyen, en espérant qu’une investigation et une injonction iront lieu plus rapidement. Ça ne traîne pas, Rooster reçoit un premier avertissement pour harcèlement de la Met Police de Londres. Ille nie d’abord en avoir connaissance, puis se contredit quelques mois plus tard, clamant sur les réseaux sociaux que je le menace, afin de le réduire au silence. 

Je me replie socialement sur moi-même, tandis que Rooster redouble d’efforts pour continuer de répandre publiquement ses accusations.  Je ne pensais pas que des posts, de l’immatériel, de la vie virtuelle, pourraient générer cette souffrance. Je ressens pendant des mois et des mois une anxiété constante. Entre deux salves d’attaques, j’ai l’impression d’être en sursis. Je redoute le prochain mensonge de Rooster, qui sera certainement encore plus infamant. J’essaie d’imaginer ce qu’elle va inventer d’encore plus calomnieux. Mes scénarios catastrophes s’avèrent toujours en deçà de la réalité. Jusqu’où ira-t-ille ? Je perds le sommeil, l’appétit, ma concentration. Je traverse des mois d’hébétude et de peur.

☛ Rooster stalke mes réseaux sociaux, se présente aux événements auxquels je suis invitée, et poste publiquement qu’il veut parfois “faire du mal à quelqu’un”. Le harcèlement prend une nouvelle dimension que je vis comme menaçante physiquement.

J’entame une thérapie, et je me tiens à distance des festivals où mes films sont projetés. Rooster en profite pour se rendre à ces festivals que je déserte, même lorsqu’ils n’ont rien à voir avec le porno, même sans y être invité, montant sur scène lorsqu’est diffusé Don’t Call Me a Dick pour prendre la parole à ma place. La menace devient physique. Ille va stalker mes réseaux sociaux et se rend sans préavis aux événements auxquels je suis invitée. 

Rooster publie aussi des menaces de suicide ou d’agression physique sur ses réseaux sociaux. Disant que dans la situation dans laquelle ille se trouve, ille ne voit pas d’autre solution que « se faire du mal ou faire du mal à quelqu’un ».  Quelqu’un ? Difficile de ne pas me sentir visée.

« It had gotten to the point where the only options I had left during that intense crisis period was: i). to harm myself or ii). to inflict harm to someone else. »

Je recontacte la police de Londres, afin de signaler que le harcèlement continue. Ils convoquent Rooster.

Au printemps 2019, Rooster change une nouvelle fois sa version des faits. Ille monte encore d’un cran dans la gravité de ses accusations. Ille dit maintenant avoir été violé. Sur le tournage d’Architecture Porn, cette fois.

Rooster continue ses accusations par vagues. Ille décide de changer de nouveau de version, et annonce avoir porté plainte pour viol. Je n’ai à ce jour reçu aucune notification ou convocation, mais ille publie la première page d’un document d’avocat sur les réseaux sociaux. Je ne peux pas présumer de leur véracité. Est-ille allé jusqu’à la dénonciation calomnieuse ou est-ce une énième tentative d’intimidation ? Je ne sais pas. 

En tout cas, n’étant pas à une contradiction près, ille semble admettre avoir formé un couple avec moi, la plainte rappelant que le couple ne présuppose pas du consentement lors d’un rapport sexuel.

☛ Rooster prétend d’abord qu’ille aurait été pénétré par surprise. Les images montrent que c’est impossible.

En ligne, Rooster prétend dans un premier temps que la scène de pegging d’Architecture Porn aurait eu lieu sous l’effet de la surprise. Un making-of du film est en ligne. Les images du making of, ainsi que les rushes complets du film qui sont en ma possession et visibles à la demande, prouvent très clairement l’impossibilité d’une pénétration par surprise. On y voit Rooster attendant la scène de pénétration, déjà en position, avant même que j’entre dans le cadre. Erika Lust a également réfuté la possibilité d’un viol ou d’une agression sexuelle sur ce tournage et celui de Don’t Call Me A Dick. 

☛ Puis Rooster parle d’un signe secret entre nous, que j’aurais délibérément ignoré. Là encore, les images le contredisent.

Rooster préfère ensuite m’accuser d’avoir ignoré un signe qu’ille m’aurait fait, afin que nous arrêtions le rapport pendant la scène. Ce signe secret n’a jamais existé. Pourquoi aurions-nous convenu d’un signe, quand nous pouvions tout simplement nous parler, comme nous l’avons fait tout le reste du tournage ?

Les rushes d’Architecture Porn qui sont en ma possession montrent la scène dans son intégralité, sans le moindre cut, du début à la fin de la pénétration. (Je ne communiquerai le mot de passe de cette vidéo que sur demande.) Et les images contredisent encore une fois les accusations de Rooster. Aucun signe cryptique n’y est échangé, nous sommes connectés par le regard et le toucher, nous rions, nous parlons, nous faisons attention l’un à l’autre. Le moment où Rooster souhaite changer de position, nous changeons de position. La fin de la scène de pénétration est d’ailleurs bien visible dans le making-of.

D’ailleurs, Rooster, interviewé après notre scène, se réjouit dans ce même making-of de la liberté qui nous a été accordée sur le tournage. Ille dit :

“I really love that she (Erika Lust) was OK with a lot of freedom, to do whatever we wanted.”

☛ Rooster utilise une mise en demeure que je lui ai fait envoyer au sujet de Don’t Call Me A Dick.

Rooster ressort alors une lettre d’avocat que je lui ai fait parvenir au début de sa campagne de harcèlement, quand ses accusations portaient encore sur le film Don’t Call Me A Dick. Mon avocat réitérait dans cette mise en demeure les limites dont Rooster m’avait fait part pour ce film, dans lequel ille performait avec Heidi Switch. Voici l’extrait de la lettre.

“(Olympe de G.) invited you to appear in a film she was making entitled Don’t Call Me a Dick. You did so appear. When invited to appear you told (Olympe de G.) you were not willing to have oral sex performed on you, nor to be penetrated in a ’doggy style’ position. You did not set any other sexual boundaries. (Olympe de G.) respected your stipulations about oral sex and doggy style anal sex. “

Dans la scène de pegging d’Architecture Porn, Rooster est à plat ventre. Lorsque Rooster et moi avions parlé tous les deux de nos limites en France, avant le tournage d’Architecture Porn, Rooster m’avait dit que la levrette (“doggy style”) était une position qu’ille ne pratiquait que si ille se sentait intime avec quelqu’un. Rooster m’avait proposé ce soir-là de la pratiquer avec lui, me disant, qu’avec moi, ille se sentait en confiance. Ce soir-là, j’ai préféré que nous ne la pratiquions pas.

Les limites de chacun et chacune dépendent du contexte, et des partenaires. Rooster ne souhaitait pas être pénétré en levrette sur un tournage avec Heidi Switch, qu’ille ne connaissait pas. Cette limite a bien évidemment été respectée. En revanche, Rooster était d’accord pour que nous pratiquions cette position ensemble.

C’est ce que montrent les images du film : Rooster attend sur le ventre que je le rejoigne, et me guide. C’est un rapport sexuel discuté, et préparé.

Cette préparation et cette discussion sur nos limites sexuelles qui ont eu lieu avant le tournage de la scène ont de nombreux témoins : Erika Lust, ainsi que toute l’équipe du film et la talent manager présente sur le plateau pour s’assurer que les performers sont entendus et se sentent en sécurité.

☛ Pourquoi l’instrumentalisation de #MeToo par Rooster me révolte.

Si la plainte pour viol de Rooster s’avère réelle, je n’hésiterai pas à porter plainte pour dénonciation calomnieuse.

Car au delà du cauchemar que Rooster m’a fait vivre — je me suis déjà exprimée sur les conséquences psychologiques de sa campagne de harcèlement — je suis profondément choquée par la façon dont Rooster se sert (et donc dessert) le mouvement #MeToo afin d’assouvir ses désirs de revanche personnelle. 

Des femmes se battent depuis des années pour faire entendre les témoignages des victimes d’agressions sexuelles sans qu’ils soient remis systématiquement en doute, décrédibilisés. Ce contexte nouveau, fragile, qui favorise la libération d’une parole aussi sincère que douloureuse repose sur le fait que les témoignages des victimes soient acceptés sans remise en question par leur entourage. #MeToo, c’est croire sans hésiter une personne qui exprime sa douleur d’avoir été agressée. Une démarche utile et positive lorsque les victimes ne sont animées par rien d’autre qu’une soif de justice. 

J’ai participé au mouvement #MeToo à l’automne 2017, en parlant pour la première fois d’agressions sexuelles qui me sont arrivées entre mes 11 ans et mes 21 ans sur les réseaux sociaux. Je comprends le sentiment d’injustice, et le besoin d’être entendue. #MeToo a été un moment important dans ma vie. En revanche, que cette dynamique se retourne contre moi, je ne l’avais pas vu venir. Le fameux retour de bâton a été quasi instantané.

Quand Rooster s’est servi des hashtags #MeToo, #TimesUp, ça a été pour propager de façon opportuniste des mensonges terribles, motivés par son désir de revanche personnel contre moi. Associés au hashtag #MeToo, ses témoignages n’ont aucunement été remis en question, ils ont été accueillis avec sympathie. Rooster a été remercié publiquement par des festivals pour sa bravoure, ille a été invité à participer à des tables rondes pour parler de son expérience, pour sensibiliser sur la question de la sécurité sur les tournages de porno. 

Quel cynisme. #MeToo n’est pas un instrument de vengeance pour gérer un sentiment de rejet, de frustration, de paranoïa. #MeToo n’est pas une arme qu’un homme peut retourner contre une femme qui n’a pas voulu de lui. Utiliser #MeToo pour faire du tort à quelqu’un, c’est profondément malhonnête, c’est opportuniste, et c’est surtout ce que l’on peut faire de pire à toutes les victimes qui se battent pour que leur parole ne soit pas remise en question. 

Quand un menteur profite de #MeToo, et profère de fausses accusations de viol ou d’agression sexuelle pour nuire à quelqu’un, ille donne de l’eau au moulin de tous ceux qui mettent la parole des victimes en doute. L’existence même de cette parole opportuniste fragilise la parole des véritables victimes. Et ça, c’est inacceptable. Ça suffit.

☛ Mi-septembre 2019, Rooster est mis en examen pour diffamation.

Rooster a été mis en examen pour diffamation dans le cadre de ses propos tenus sur la plateforme Médium.

Ça ne l’empêche pas de continuer, depuis sa convocation au Palais de Justice, à publier des vidéos appelant au cyber harcèlement en meute.

“If people wanna call out Olympe or call in Olympe – especially if you’re French – please do it! Don’t keep on like putting you know … Use your privilege and do it! (…) She can not sue us all”

Mais cette mise en examen reste une bonne nouvelle.

J’en profite pour partager avec vous cette info utile : le cyber harcèlement en meute est puni par la loi Schiappa depuis août 2018. Jusqu’à présent, seuls les actes répétés par une seule personne pouvaient constituer du harcèlement moral ou sexuel. L’article 222-33-2-2 du Code pénal sanctionnait “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale”. Le nouveau texte a étendu l’application du droit du harcèlement aux actions de groupe et à l’utilisation de “support numérique ou électronique”. Sont punis les raids menés à des fins de cyberharcèlement dès lors que ces derniers ont des motivations sexuelles ou sexistes. L’ensemble des membres du groupe écopent d’une sanction, même s’ils et elles n’ont pas agi “de façon répétée”. Les peines encourues sont de jusqu’à 3 ans de prison et 45000 euros d’amende. Si le sujet vous intéresse, je vous encourage à lire des articles sur ce procès emblématique que fut celui des cyberharceleurs de la journaliste Nadia Daam, défendue par Maître Éric Morain.

☛☛☛ EN QUELQUES MOTS

Après qu’Olympe de G. a mis fin à leur relation amoureuse, Rooster, acteur porno, l’accuse sur les réseaux sociaux de l’avoir agressé sexuellement, puis violé. En un an et demi, les allégations de Rooster n’ont cessé de se multiplier et de se contredire. Olympe de G. partage en toute transparence le making of et les rushes du film. Elle a porté plainte pour harcèlement. Rooster a été mis en examen en septembre 2019 pour diffamation.