Dans le futur du porno…

Dans le futur du porno, on dira : je peux te pénétrer ?, et même viens, circlue-moi…  parce qu’on aura compris que s’enfoncer sur un corps, l’enrober, l’enfiler, le masser depuis l’intérieur de soi, c’est tout… sauf passif. 

Dans le futur du porno les performers diront aussi bien oh oui que ha non… On entendra des encore mais aussi des arrête, et des plutôt ici, laisse-moi te montrer. 

Dans le futur du porno on aura appris à voir la beauté partout, dans le ferme ou le flasque, le lisse ou le ridé, le poilu ou l’imberbe… les normes auront explosé, et les standards de beauté des années 2020 nous feront l’effet désuet d’images de propagandes, avec ce même type de corps blanc, mince, valide, musclé, hyper sexualisé, dépilé, modelé dans la douleur et répété à l’infini. 

Dans le futur du porno, la caméra filmera les sensations plutôt que les organes. Et quand elle filmera les sexes, elle le fera comme on filme une main, ou un sourcil, à la recherche de soubresauts, d’émotions qui remontent à la surface.

Dans le futur du porno les sexes, les langues et les doigts se mêleront au-delà du spectre des genres, au-delà des dynamiques de domination, sans jugement de valeur. Il n’y aura plus que de la fluidité, et des fluides, et tout ça ruissellera de sérénité. Il n’y aura plus de salope ni de chaudasse, il n’y aura que des personnes désirantes que leurs envies rendent belles et libres. On pourra se laisser aller.

Dans le futur du porno, il n’y aura plus de hashtags, on explorera pour de vrai sans se laisser circlure par les algorithmes. 

Dans le futur du porno, peut-être même qu’il n’y aura plus d’images. On aura redécouvert les incroyables pouvoirs de l’imagination, on ne fera plus que des pornos dans nos têtes. 

Dans le futur du porno, on n’aura plus peur de montrer que le sexe peut émouvoir ou créer un lien. On s’en foutra des conquêtes, ça nous semblera bien préhistorique, tout ça. La sexualité sera devenue la rencontre, l’ouverture. 

Et si dans le futur du porno, plus rien n’était porno ? Et si le sexe n’était plus ce qui nous sépare, ce qu’il faut séparer du reste de nos vies par le mur invisible de la honte ?  
On se baladerait nu.e.s quand il faut chaud et beau, on parlerait en plein jour de techniques de masturbation des vulves. La sexualité pourrait être juste avec soi-même. Ou ne pas être du tout. Et il n’y aurait pas besoin de la cacher. On distinguerait ce qui relève du besoin d’intimité et ce qui relève du tabou, de la honte. Il y aurait des films qui montrent la beauté de ne pas faire l’amour. Les actrices de ce qu’on appelait avant les films porno ne seraient plus méprisées, harcelées, par ceux-là même qui consommaient leurs vidéos. On les remercierait pour le plaisir, pour la générosité. Les travailleuses du sexe auraient les mêmes droits que tous les travailleurs et toutes les travailleuses. Elles ne mourraient plus dans la rue, assassinées, abandonnées, sous l’oeil d’un état indifférent. 


Ce serait beau, non ?

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s