Journal de grève J53

J’ai peu de temps pour moi, alors ce journal de grève du mois de mai sera plutôt fait de courtes pensées que j’ai envie de partager. C’est beaucoup sur les relations amoureuses, parce qu’il a fait beau, que ça m’a donné envie de rouler des pelles sur la plage, d’être amoureuse, de faire l’amour, et que cette envie simple est en fait vachement compliquée. Cette période intense génère donc en moi un reset sentimental. Bear with me. 

Sur la légèreté. On associe la légèreté amoureuse à une facilité, à quelque chose qu’on ne ferait pas, qu’on ne donnerait pas à l’autre. Je crois que c’est tout le contraire. Pour atteindre la légèreté, il faut beaucoup de sérieux. Il faut se soucier de l’autre, de ses ressentis. Ce n’est que quand on est en confiance, qu’on a réussi à établir une communication honnête et sincère, à poser des bases stables d’entente mutuelle qu’on peut enfin se sentir léger.e.s. 

Sur le pouvoir. J’ai toujours eu une conscience aigüe de ma position de femme dans les relations amoureuses, et plus jeune, je me débattais comme je pouvais avec tout ça en essayant d’inverser le rapport de pouvoir entre moi, et les hommes avec qui je relationnais. Ça s’exprimait de façon assez moche, car j’étais terriblement souvent dans le rapport de force. Ce qui était très insatisfaisant, parce que ce n’était pas moi, je ne souhaite dominer personne. Je souhaite des liens sécures et égalitaires. Ça fait quelques années maintenant que j’ai adopté une autre stratégie : la sincérité. Dire de but en blanc ce que l’on désire, ce que l’on espère, ce qui nous blesse, ce qui nous effraie désamorce très efficacement les rapports de force et de pouvoir. Alors bien sûr, ça dépend sur qui on tombe. Il m’est arrivé que d’anciens amants se servent très fort et très mal de ce que je leur avais offert de mes vulnérabilités. Malgré tout, je reste droite dans mes bottes sur ce point. Et confiante ! Je crois dur comme fer qu’une transparence et une confiance radicales sont des genre de super pouvoirs relationnels. 

Sur le regard des hommes. J’arrive à un moment où le regard masculin sur mon corps ne me narcissise plus du tout. Quand des trucs de mon corps ne me plaisent pas, j’ai un vieux réflexe, celui de chercher une validation chez des mecs. Et puis en fait, ça ne marche plus. Il n’y a que mon regard à moi qui compte. Ça a toujours été comme ça, mais là c’est devenu évident. Alors je me regarde. Je me prends en photo. Je me maquille, de temps en temps. Je me suis racheté des vêtements. Je me drague, quoi ! C’est agréable. 

Sur la décentralisation affective. Quand je suis mélancolique, je me dis que ça me manque, de partager mon quotidien avec quelqu’un que j’aime. Boire du vin, parler tard, profiter de la lumière de la fin de journée, tout ça. Et puis je me rends compte que cette envie de partage d’un quotidien n’a rien à voir avec l’amour romantique, que je serais très heureuse de partager tout ça avec une amie, que je me projetterais avec bonheur dans une coloc, ou une communauté de femmes. Je continue de creuser cette piste de décentralisation de mes besoins affectifs, il y a du boulot, tout un tas de schémas et d’attentes à passer au rouleau compresseur.

Sur la compersion. J’explore l’idée d’avoir du désir et même de l’amour pour des hommes, sans forcément entrer dans une relation amoureuse. Vouloir, ou aimer de loin, en quelque sorte. Je pense que ça peut m’apporter pas mal de bonheur. Plus que les dynamiques de relation déséquilibrées en tout cas !

Sur le care. Je me suis pas mal énervée en début de grève sur le fait que dans mes relations avec les hommes j’ai beaucoup « pris soin ». Que ce soit de leur santé, en insistant pour leur prendre des rendez-vous médicaux quand ils se tordaient de douleur ; ou de notre relation, en imaginant des choses à construire pour deux ; ou encore de notre sexualité, en étant celle qui suggère des pistes à explorer à deux. En début de grève, j’en avais super marre de donner autant. Et après ces quelques semaines, je me rends compte qu’en fait j’adore donner. J’aime le care, j’aime prendre soin des gens que j’aime, j’aime mettre de l’inventivité et de la générosité dans les relations. Il faut « juste » que : je donne aux bonnes personnes, et/ou que je donne sans la moindre attente, juste pour éprouver de la joie à envoyer de l’amour à quelqu’un. Y a du taf.

Au final je suis en grève ; mais qu’est-ce que je bosse sur moi…!

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