Journal de grève J 58

En guise d’accroche sur les apps de rencontre, les mecs me demandent quasi systématiquement ce que je fais sur Tinder/Bumble/OkCupid ; si ma grève est terminée. Non. Absolument pas. Faire la grève de l’hétérosexualité comme construction sociale et régime politique, faire la grève de l’hétéronormativité donc ; ça ne veut pas dire pour moi faire la grève du sexe. D’ailleurs, je baise beaucoup plus qu’avant. Et même, parfois, je fais l’amour avec beaucoup d’émotion. Je trouve les hommes que je caresse nus dans mes bras touchants, j’ai de la tendresse pour eux.

Et puis, il y a ce chiffre : aujourd’hui, j’ai réalisé que j’avais eu 69 partenaires sexuels. Car oui, je tiens des comptes, et je le fais avec délice. Depuis mon premier amour, à 15 ans, mon corps a rencontré, parfois « connu » comme on disait au XVIIIe, 69 corps.

69 ! Je trouve que ça se fête.

Et ce qui se fête, c’est aussi que je puisse afficher librement ma joie toute con d’avoir eu 69 rencontres sexuelles, sans me soucier de ce que ça va faire à un homme qui serait dans ma vie à cet instant T. Sans me demander si ça va le.s gêner, blesser, heurter, mettre mal à l’aise. Je ne suis ni fière, ni pas fière de ce nombre, je suis juste joyeuse de me sentir libre et de pouvoir rêvasser en ce dimanche nuageux à tous ces corps que j’ai connus, et au plaisir qu’on a parfois, souvent, pris ensemble.

Ce nombre 69 affiché comme ça, avec légèreté, c’est vraiment pour moi la grève de l’hétéronormativité.  

Journal de grève J53

J’ai peu de temps pour moi, alors ce journal de grève du mois de mai sera plutôt fait de courtes pensées que j’ai envie de partager. C’est beaucoup sur les relations amoureuses, parce qu’il a fait beau, que ça m’a donné envie de rouler des pelles sur la plage, d’être amoureuse, de faire l’amour, et que cette envie simple est en fait vachement compliquée. Cette période intense génère donc en moi un reset sentimental. Bear with me. 

Sur la légèreté. On associe la légèreté amoureuse à une facilité, à quelque chose qu’on ne ferait pas, qu’on ne donnerait pas à l’autre. Je crois que c’est tout le contraire. Pour atteindre la légèreté, il faut beaucoup de sérieux. Il faut se soucier de l’autre, de ses ressentis. Ce n’est que quand on est en confiance, qu’on a réussi à établir une communication honnête et sincère, à poser des bases stables d’entente mutuelle qu’on peut enfin se sentir léger.e.s. 

Sur le pouvoir. J’ai toujours eu une conscience aigüe de ma position de femme dans les relations amoureuses, et plus jeune, je me débattais comme je pouvais avec tout ça en essayant d’inverser le rapport de pouvoir entre moi, et les hommes avec qui je relationnais. Ça s’exprimait de façon assez moche, car j’étais terriblement souvent dans le rapport de force. Ce qui était très insatisfaisant, parce que ce n’était pas moi, je ne souhaite dominer personne. Je souhaite des liens sécures et égalitaires. Ça fait quelques années maintenant que j’ai adopté une autre stratégie : la sincérité. Dire de but en blanc ce que l’on désire, ce que l’on espère, ce qui nous blesse, ce qui nous effraie désamorce très efficacement les rapports de force et de pouvoir. Alors bien sûr, ça dépend sur qui on tombe. Il m’est arrivé que d’anciens amants se servent très fort et très mal de ce que je leur avais offert de mes vulnérabilités. Malgré tout, je reste droite dans mes bottes sur ce point. Et confiante ! Je crois dur comme fer qu’une transparence et une confiance radicales sont des genre de super pouvoirs relationnels. 

Sur le regard des hommes. J’arrive à un moment où le regard masculin sur mon corps ne me narcissise plus du tout. Quand des trucs de mon corps ne me plaisent pas, j’ai un vieux réflexe, celui de chercher une validation chez des mecs. Et puis en fait, ça ne marche plus. Il n’y a que mon regard à moi qui compte. Ça a toujours été comme ça, mais là c’est devenu évident. Alors je me regarde. Je me prends en photo. Je me maquille, de temps en temps. Je me suis racheté des vêtements. Je me drague, quoi ! C’est agréable. 

Sur la décentralisation affective. Quand je suis mélancolique, je me dis que ça me manque, de partager mon quotidien avec quelqu’un que j’aime. Boire du vin, parler tard, profiter de la lumière de la fin de journée, tout ça. Et puis je me rends compte que cette envie de partage d’un quotidien n’a rien à voir avec l’amour romantique, que je serais très heureuse de partager tout ça avec une amie, que je me projetterais avec bonheur dans une coloc, ou une communauté de femmes. Je continue de creuser cette piste de décentralisation de mes besoins affectifs, il y a du boulot, tout un tas de schémas et d’attentes à passer au rouleau compresseur.

Sur la compersion. J’explore l’idée d’avoir du désir et même de l’amour pour des hommes, sans forcément entrer dans une relation amoureuse. Vouloir, ou aimer de loin, en quelque sorte. Je pense que ça peut m’apporter pas mal de bonheur. Plus que les dynamiques de relation déséquilibrées en tout cas !

Sur le care. Je me suis pas mal énervée en début de grève sur le fait que dans mes relations avec les hommes j’ai beaucoup « pris soin ». Que ce soit de leur santé, en insistant pour leur prendre des rendez-vous médicaux quand ils se tordaient de douleur ; ou de notre relation, en imaginant des choses à construire pour deux ; ou encore de notre sexualité, en étant celle qui suggère des pistes à explorer à deux. En début de grève, j’en avais super marre de donner autant. Et après ces quelques semaines, je me rends compte qu’en fait j’adore donner. J’aime le care, j’aime prendre soin des gens que j’aime, j’aime mettre de l’inventivité et de la générosité dans les relations. Il faut « juste » que : je donne aux bonnes personnes, et/ou que je donne sans la moindre attente, juste pour éprouver de la joie à envoyer de l’amour à quelqu’un. Y a du taf.

Au final je suis en grève ; mais qu’est-ce que je bosse sur moi…!

Journal de grève J21

J1 

Il y a eu un raid de masculinistes sur mes posts Instagram de déclaration de grève. Ils ont laissé plein d’emojis médaille (une forme de cyberharcèlement qui cible les « pires gauchos de France ») ; et des commentaires plutôt violents. Les thèmes qui revenaient le plus dans ces commentaires étaient : 

  • « on s’en fout de ta vie » / « Instagram n’est pas ton psy » ; 
  • « de toute façon t’es moche t’intéresses personne tu n’inspires que le dégoût » ; 
  • « espèce de dégénérée tant mieux si vous vous reproduisez pas et que votre espèce disparaît ». 

Et il y avait un peu de mansplaining condescendant : 

  • « sois une meilleure personne tu auras de meilleurs mecs » / « une grève c’est cesser une action, toi tu cesses rien »… 

J’ai constaté avec ce dernier commentaire que c’est quand on vient m’expliquer les mots que j’emploie que c’est le plus difficile pour moi de ne pas répondre. Parce que les mots sont importants pour moi. Et que je fais bien une grève, car je souhaite renégocier les conditions de mes rapports amoureux hétérosexuels. J’espère une sortie de grève, un jour ! J’espère de tout mon cœur réussir à trouver un accord, dans quelques mois, quelques années, et parvenir à créer avec une personne des conditions satisfaisantes pour que je puisse aimer en liberté, donner tout ce que j’ai à donner comme amour sans m’amputer de mes espérances, de mes convictions intellectuelles et politiques. 

Dans les commentaires du raid masculiniste, y avait aussi des drapeaux français avec des éclairs noirs à côté et des têtes de mort. Et des drapeaux arc en ciel avec des signes sens interdit. J’ai pris le temps de bloquer tous ces mecs, un à un. 

J2

J’ai réalisé que mon texte, et le fait que je l’aie rendu public, avaient fait du mal à des personnes que j’aimais. Je m’en suis voulu. Je puise dans mon intimité ma parole politique depuis cinq ans maintenant ; on peut me voir nue et en train de jouir sur Internet, et à l’époque où je performais, c’était une façon pour moi de revendiquer ma liberté, ma fierté d’être désirante et libre, et d’encourager les femmes à arrêter d’avoir honte de leur désir et de leur sexualité. Faire de mon intimité sexuelle et affective un sujet politique est devenu un moteur primordial dans ma vie. Un genre de super-pouvoir qui m’aide à affronter pas mal de situations merdiques. Sublimer les moments les plus durs en écrivant des textes, des films, c’est la meilleure façon que j’ai trouvée de gérer mon hypersensibilité — qui s’exprime d’ailleurs très fort dans mes relations aux hommes. Pour traverser les tempêtes émotionnelles, mon réflexe est d’essayer de changer ma douleur en quelque chose qui a du sens et qui crée de l’échange. Mais quand je me suis rendu compte que j’avais fait du mal à des personnes que j’aimais… je me suis sentie très con. Je leur demande pardon. 

J3

J’ai essayé de rencontrer des gens nouveaux. Je me suis réinscrite sur des apps de rencontre. Mon premier constat, c’est que je me suis rendue compte que vraiment, les filles, j’arrivais pas à liker, en tout cas pas comme ça, pas avec une photo et des emojis sur une app. Je pense que ce serait plus facile si c’était une rencontre dans la vraie vie. Peut-être. En tout cas, pour le lesbianisme politique, j’y suis pas encore ! Ça a été un peu difficile de réaliser que j’étais si enracinée que ça dans mon hétérosexualité, mais j’ai accepté que (pour le moment ?) ce soit comme ça. 

Pour les rencontres avec des mecs, ça n’a pas été facile non plus. Je me suis pas mal pris la tête sur à quel point il fallait que j’arrête tout effort, du fait de ma grève. Par exemple à quelle distance de chez moi est-il admissible que le RDV ait lieu, est-ce que je reste butée ou pas sur un jour de RDV ? Ça paraît con comme questions, mais ça m’a perturbée. Toute rencontre nécessite d’aller vers l’autre. Donc des efforts, des compromis. Je ne peux pas demander à quelqu’un que je ne connais pas de faire « tout le boulot ». J’étais vraiment troublée. Ça m’a pris une nuit pour m’éclaircir les idées. Et puis j’ai compris qu’il fallait juste que je m’en tienne à mon texte initial, celui que j’ai posté le 12 mars, puis réécrit un peu plus récemment.

J’ai compris que je fais plus la grève de l’hétéronormativité que de l’hétérosexualité, au final. J’essaie de renégocier les conditions de mes relations hétérosexuelles. Je fais la grève pour nous pousser (moi la première) à nous demander pourquoi notre orientation sexuelle fait que nous acceptons une forme de domination archaïque sur notre corps et notre libido dans les rapports amoureux. Une forme d’exploitation aussi, de nos compétences en terme de care, de notre empathie, de notre temps, de nos idées, de notre finesse… En fait ma grève, c’est refuser que  l’hétéronormativité s’impose dans mes rapports amoureux sous prétexte que je suis hétérosexuelle.

Donc j’ai décidé de ne pas rajouter des contraintes à une situation déjà difficile pour moi (quand on entame une grève, c’est bien qu’on souffre d’une situation !) et j’ai suivi mon instinct, je suis allée vers l’autre sans trop me prendre la tête sur les détails logistiques, sans non plus faire quoique ce soit dont je n’avais pas envie. 

J 10

Au début ça a bien marché. Le texte de grève a provoqué des discussions intéressantes dès la première rencontre, et le fait de me tenir vraiment à mon principe de transparence radicale sur qui je suis, sans avoir peur de faire peur à l’autre, a créé une dynamique chouette et nouvelle. 

J19

Et puis très vite, ça a calé. Sur la liberté sexuelle, la liberté émotionnelle. 

C’est un challenge énorme, en fait, pour quelqu’un qui crée ou qui a déjà une intimité avec moi, d’accepter ça. J’en ai parlé au téléphone avec mon ex-mari. Lui et moi, on s’est quittés après avoir essayé d’ouvrir notre relation, et on a eu des amant.es en dehors de notre couple. Nous étions très amoureux, mais en dissonance sur plein de sujets de vie (rester à Paris vs partir, enfants ou pas etc.) Au téléphone, il m’a dit que si quelqu’un acceptait ce « deal » de la liberté sexuelle, c’est qu’il y avait un truc qui ne cliquait pas entre nous. Ça m’a étonnée, vu notre passé ensemble. Je ne suis pas d’accord avec lui, mais je comprends parfaitement ce qu’il me dit. Quand on crée une intimité avec quelqu’un, on a envie d’un cocon, on a envie d’être dans sa bulle de sexe et de sentiments naissants, moi la première. Le besoin d’ouverture vient plus tard. Mais comment démarrer une relation, en espérant qu’elle fonctionne, sans pour autant aborder le sujet crucial de la liberté de jouir de son corps ? J’ai pas de réponse. Juste la peur que ce dont j’ai besoin, ce que j’imagine et rêve de créer se heurte encore et encore et encore au mur de la réalité. De la réalité de notre éducation sentimentale, filles comme garçons. C’est vachement difficile à démanteler, la culture de l’exclusivité. Pour moi la première, qui suis si prompte à ressentir de la jalousie, si je ne me sens pas assez sécurisée dans la relation dans laquelle je suis… Mais je suis prête à bosser là-dessus.

J20 

J’entre dans une nouvelle phase de ma réflexion. J’appréhende le fait que c’est énorme, de demander à une personne qui s’attache à nous, ou bien à une personne qui nous aime déjà de tout son cœur, d’accepter que notre bonheur sentimental ne repose pas QUE sur elle. En fait, je demande à mon partenaire que mon bonheur fasse son bonheur, et que son bonheur fasse mon bonheur, même quand ce bonheur sort du cadre du couple que nous créons. Quand je revendique cette liberté dès le début d’une relation, ou bien soudainement au cœur d’une relation longue, je demande à ce que nous accédions quasi instantanément à la compersion, comme l’explique très bien Charline dans sa vidéo sur le polyamour (dans ma story à la une « en grève »). La compersion, c’est la faculté à se sentir heureux ou heureuse du bonheur de la personne qu’on aime. Ça ne se fait pas en un claquement de doigts.  

Et quand je demande à une personne qui n’a pas spécialement réfléchi à ces questions d’accepter ma liberté, je lui demande de réaliser un travail majeur sur elle, et je lui demande en plus de m’accorder une confiance immense. Car je demande qu’on veuille bien croire que jouir de ma liberté ne m’empêchera pas d’insuffler tout mon amour, et toute mon énergie, dans la relation principale que je cherche à nouer. Que mon engagement n’en sera pas moins loyal. Je me rends compte que c’est difficile d’y croire. 

Je me rends compte également que c’est vachement difficile d’essayer d’être pleinement et radicalement soi-même. En tout cas ça fait le vide autour de soi. C’est solitaire. Je me sens un peu comme si j’avais allumé joyeusement une bougie crépitante et que je me retrouvais brutalement au beau milieu d’un champ de cendres. 

C’est difficile, pour moi, ce vide, parce que je suis quelqu’un qui aime vraiment aimer, qui aime donner, et qui aime être aimée. Ça m’interroge pas mal. Quel chemin va me permettre d’être moi, d’être aimée, d’aimer, d’être heureuse ? Pour le moment, ce que j’entends des gens autour de moi à qui je parle de cette grève, de mes espérances, c’est beaucoup que tout ça est irréaliste. Qu’on ne peut pas tout avoir. Je doute.  

J21 

Ces interrogations m’ont donné envie d’essayer de créer une éthique du rapport amoureux. Une éthique qui me serait très personnelle, bien sûr. Pour l’instant je me suis juste posé des questions. 

  • Comment ne pas sacrifier ma liberté et mes aspirations, tout en prenant soin des personnes que j’aime ?
  • Comment construire une relation sécure pour les deux personnes, sans renoncer à la liberté de chacun.e ?
  • Comment aller paisiblement vers une décentralisation de ma vie affective ? C’est à dire comment faire comprendre que je ne veux pas tout miser sur une seule personne, pour le sexe, les rigolades, les conversations sur le féminisme, la parentalité, les loisirs en commun etc etc ? Mais que je ne souhaite pas pour autant remettre en cause l’importance qu’a pour moi le rapport amoureux ? 

J’ai aussi noté quelques clefs qui me semblent être la base d’une relation amoureuse dans laquelle j’aimerais me projeter :

  • Apprendre à se comprendre soi-même, à connaître ses besoins et ses limites
  • Admettre que les limites de chacun.e des partenaires sont fluctuantes. Ce qui est OK aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, et vice-versa.
  • Apprendre à écouter l’autre, même quand les informations qu’il nous donne sur lui/elle dérangent et cherchent à rebondir sur la surface de notre cerveau
  • Apprendre à exprimer clairement ses attentes et ses émotions à son partenaire, quitte à reformuler les choses plusieurs fois, de différentes façons
  • Être capable d’un engagement d’une absolue loyauté
  • Être capable d’un engagement qui devra sans doute être régulièrement redéfini, en fonction des fluctuations des besoins et limites de chacun.e
  • Plutôt que de se caler dans un schéma social préétabli, avoir envie d’imaginer ensemble un mode de relation unique, un format amoureux fait sur-mesure, et oser être extrêmement créatif
  • Cultiver une transparence radicale sur ce qui nous traverse (à moins qu’il existe un accord à deux sur ce que l’autre personne ne souhaite pas savoir de nous)
  • Bannir tout rapport de pouvoir, ou bras de fer de la relation
  • Proposer plutôt sa vulnérabilité comme le plus beau des cadeaux, et réaliser qu’elle est une force immense
  • Se rappeler que nos réactions, nos émotions nous appartiennent toujours ; ne pas en tenir l’autre pour responsable, ne pas lui en faire le reproche
  • Accepter qu’aimer très fort, c’est prendre le risque d’avoir très mal. Et pour avoir moins peur, regarder la souffrance comme la trace que l’on a vécu quelque chose de fort, de beau. La souffrance nous transforme, nous fait avancer, elle n’est pas que quelque chose de négatif. Elle a de la valeur.
  • Connaître ses peurs, et comprendre leur aspect limitant. Ne pas les déguiser en principes, ne pas les laisser nous empêcher de vivre. Accepter de les exprimer, d’imaginer les surmonter tout doucement.
  • Imaginer que l’on peut évoluer avec l’autre, le souhaiter, même !
  • Avoir le courage d’être soi, quitte à perdre l’autre.
  • Avoir le courage de ne pas vouloir perdre l’autre, et mettre sa créativité au service d’une vision commune du rapport amoureux. Savoir recréer la relation sans cesse. 
  • Sortir de la binarité du « ensemble ou pas ensemble ». On peut s’aimer de plein de façons, avec ou sans sexe, en couple, ou hors couple. Faire évoluer les liens d’amour et de respect, de relations sentimentales en relations autres, sans drama, nous ferait beaucoup moins de cicatrices au cœur. Si on s’aime un jour, on peut s’aimer toujours, il suffit de faire bouger les paramètres. Ou bien est-ce encore mon indécrottable idéalisme ? 🙂

Et vous ? Ce serait quoi votre éthique amoureuse ?

En grève

Je commence une grève. C’est une grève mue par une impulsion très personnelle. Mais peut-être que d’autres femmes s’y reconnaîtront. Je fais la grève de l’hétérosexualité.

Préambule. J’ai arrêté tout effort de « séduction » hétérosexuelle il y a quelques temps déjà. J’ai arrêté d’essayer d’être un bon coup il y a trois ou quatre ans, et j’ai arrêté par la même occasion d’essayer d’être belle pour les hommes*, que ce soit celui qui vit chez moi ou ceux que je croise dans l’espace public, au travail. 

En revanche, ces dernières années, j’ai continué à me projeter dans le schéma d’un couple hétérosexuel qui ne serait pas hétéronormé. Et j’ai consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’amour à essayer de construire cette utopie. Parce que j’aime des hommes, je tombe amoureuse d’hommes, je désire des hommes. 

Aujourd’hui, je suis fatiguée par 20 ans de relations hétérosexuelles ; finalement toutes aussi hétéronormées les unes que les autres (couple plus ou moins exclusif, plus ou moins possessif, vivant ensemble, faisant des projets ensemble, faisant beaucoup de compromis pour être ensemble). Je suis fatiguée, et je suis en colère, non pas contre les hommes que j’ai aimés et que j’aime, mais contre le schéma de couple dans lequel il me semble que l’on est formatés à se projeter ensemble. 

Je suis fatiguée, car être féministe et en couple est épuisant. Militer publiquement est déjà fatiguant, continuer de militer (en douceur, en écoutant, en expliquant) quand on rentre chez soi l’est encore plus. Je n’ai jamais été en couple avec un homme qui s’intéresse profondément au féminisme, qui lise beaucoup pour désapprendre les biais et les stéréotypes sexistes, je n’ai jamais été en couple avec un homme qui ne soit pas sur la défensive quand on parle féminicides, culture du viol, charge mentale et charge sexuelle. 

Je n’ai jamais été en couple avec un homme qui ne considère pas que mon corps, ma sexualité et mes sentiments amoureux ne lui sont pas réservés exclusivement. Je n’ai jamais été en couple avec un homme que mes aspirations à jouir d’une grande liberté n’ont pas poussé pas à me quitter brutalement, et à dénoncer mon égoïsme.

Déclaration de grève. Je défends publiquement depuis plusieurs années l’idée que même le plus intime de l’intime est politique. Il est temps que j’étende ma prise de conscience à ce qu’il y a de plus intime pour moi encore que la sexualité : mes rêveries amoureuses. 

Alors j’arrête. 

J’arrête de me contorsionner pour répondre aux attentes des hommes qui ont été, sont et seront dans ma vie.

J’arrête d’insister pour payer les verres des mecs lors d’un premier date, parce que je culpabilise de n’avoir pas envie de rentrer avec eux. J’arrête de m’épiler pour ces mêmes mecs, par peur de les dégoûter.

J’arrête d’accepter que ma sensualité et ma curiosité, mon besoin de tendresse quotidien aussi, ne puissent être assouvis par les hommes que dans le cadre de rapports génitaux qui ne m’intéressent pas tellement. J’arrête de négocier avec eux du peau à peau contre des rapports phallocentrés.

J’arrête de porter la charge sexuelle de la séduction amoureuse (stop les achats de culottes à 60 €), de la santé sexuelle (“et toi, tu t’es fait tester ?”), de la contraception, de la créativité érotique. 

J’arrête d’accepter qu’être en couple signifie que je dois réprimer, refouler, tuer mon désir, quand il n’a pas pour objet l’homme avec qui je vis.

J’arrête de porter pour deux le poids de la culpabilité de ne plus avoir envie de faire l’amour. 

J’arrête de laisser les hommes croire que je leur appartiens, physiquement ou émotionnellement. 

J’arrête de renoncer à ma liberté d’individue, qu’elle soit affective ou sexuelle, pour leur confort psychologique. 

J’arrête d’accepter de me battre, au sein de mon propre foyer, pour pouvoir travailler autant que je le souhaite aux projets qui me tiennent à cœur. J’arrête de négocier avec les hommes pour pouvoir faire ce que j’aime faire, à mon rythme.

J’arrête d’accepter que l’on me dise que je suis « une égoïste », « une femme dure », « incapable de partager » parce que le projet amoureux et la maternité ne sont pas les buts uniques de ma vie de femme.

J’arrête de porter la charge émotionnelle du couple, et de compenser par mon travail personnel de lectures, d’écoutes de podcast sur la communication non violente & co, le manque d’éducation des hommes sur la reconnaissance et l’expression de leurs émotions.

J’arrête de tomber à pieds joints dans des schémas de dépendance affective toxique**, qui m’empêchent de me sentir valide, si je ne suis pas couvée par le regard désirant ou aimant d’un homme.

En fait, j’arrête de ne pas oser être vraiment moi.

Je répète : j’arrête d’essayer tant bien que mal d’être une autre afin qu’on me respecte, et qu’on envisage de former un partenariat amoureux avec moi. 


J’arrête de garder pour moi mes rêves, mes colères, mes aspirations intimes pour ne pas heurter, ni être perçue comme menaçante. 

J’arrête de me contenir pour ne pas être considérée comme sale, salie, salope ; comme une femme qu’on peut brutaliser à coup de ghosting, de remarques condescendantes, d’insultes, de menaces.

J’arrête de donner spontanément toute mon attention, ma confiance, mon empathie, mon temps, mes connaissances, en acceptant qu’on me donne bien peu en retour.

J’arrête d’accepter des situations qui ne me conviennent pas, par envie de bien faire, par envie de réussir un projet amoureux hétéronormé. 

J’arrête de banaliser les efforts que je fais pour être inclue dans la vie des hommes. J’arrête de les considérer comme normaux sous prétexte qu’il faut bien compenser le fait que je suis une femme qui aime l’amour, et qu’en plus je suis féministe.

Bref. J’arrête de réduire mes projections de vie amoureuse au schéma si contraignant et si daté du couple hétéronormé. 

Je n’arrête pas de fréquenter des hommes, je n’arrête pas brutalement de les aimer ou de les désirer, mais je décide d’arrêter NET tout effort vers eux à la minute où je m’aperçois que ce que je suis pose problème, que l’on s’attend à ce que je change, que je donne plus que l’on n’est prêt à me donner.

La grève commence immédiatement. Je ne sais pas quand elle finira. Je ne sais pas où elle va m’emmener : lesbianisme politique, hétéroanarchisme, célibat, polyamour ? Aucune idée. Mais je sais que ça va être chouette.

Et vous ? Vous en êtes où de votre rapport à l’hétérosexualité ?

* Par hommes, j’entends : hommes cis et hétérosexuels.

** Je vais relire Liv Strömquist, Manon Garcia, et Peggy Sastre à ce sujet.

Dans le futur du porno…

Dans le futur du porno, on dira : je peux te pénétrer ?, et même viens, circlue-moi…  parce qu’on aura compris que s’enfoncer sur un corps, l’enrober, l’enfiler, le masser depuis l’intérieur de soi, c’est tout… sauf passif. 

Dans le futur du porno les performers diront aussi bien oh oui que ha non… On entendra des encore mais aussi des arrête, et des plutôt ici, laisse-moi te montrer. 

Dans le futur du porno on aura appris à voir la beauté partout, dans le ferme ou le flasque, le lisse ou le ridé, le poilu ou l’imberbe… les normes auront explosé, et les standards de beauté des années 2020 nous feront l’effet désuet d’images de propagandes, avec ce même type de corps blanc, mince, valide, musclé, hyper sexualisé, dépilé, modelé dans la douleur et répété à l’infini. 

Dans le futur du porno, la caméra filmera les sensations plutôt que les organes. Et quand elle filmera les sexes, elle le fera comme on filme une main, ou un sourcil, à la recherche de soubresauts, d’émotions qui remontent à la surface.

Dans le futur du porno les sexes, les langues et les doigts se mêleront au-delà du spectre des genres, au-delà des dynamiques de domination, sans jugement de valeur. Il n’y aura plus que de la fluidité, et des fluides, et tout ça ruissellera de sérénité. Il n’y aura plus de salope ni de chaudasse, il n’y aura que des personnes désirantes que leurs envies rendent belles et libres. On pourra se laisser aller.

Dans le futur du porno, il n’y aura plus de hashtags, on explorera pour de vrai sans se laisser circlure par les algorithmes. 

Dans le futur du porno, peut-être même qu’il n’y aura plus d’images. On aura redécouvert les incroyables pouvoirs de l’imagination, on ne fera plus que des pornos dans nos têtes. 

Dans le futur du porno, on n’aura plus peur de montrer que le sexe peut émouvoir ou créer un lien. On s’en foutra des conquêtes, ça nous semblera bien préhistorique, tout ça. La sexualité sera devenue la rencontre, l’ouverture. 

Et si dans le futur du porno, plus rien n’était porno ? Et si le sexe n’était plus ce qui nous sépare, ce qu’il faut séparer du reste de nos vies par le mur invisible de la honte ?  
On se baladerait nu.e.s quand il faut chaud et beau, on parlerait en plein jour de techniques de masturbation des vulves. La sexualité pourrait être juste avec soi-même. Ou ne pas être du tout. Et il n’y aurait pas besoin de la cacher. On distinguerait ce qui relève du besoin d’intimité et ce qui relève du tabou, de la honte. Il y aurait des films qui montrent la beauté de ne pas faire l’amour. Les actrices de ce qu’on appelait avant les films porno ne seraient plus méprisées, harcelées, par ceux-là même qui consommaient leurs vidéos. On les remercierait pour le plaisir, pour la générosité. Les travailleuses du sexe auraient les mêmes droits que tous les travailleurs et toutes les travailleuses. Elles ne mourraient plus dans la rue, assassinées, abandonnées, sous l’oeil d’un état indifférent. 


Ce serait beau, non ?

Au sujet de la campagne de harcèlement que le performer Rooster mène contre moi depuis plus de 2 ans, on & offline.

NB: Rooster est un acteur de films pornographiques qui revendique une identité de genre non binaire, j’utiliserai donc dans ce texte le pronom « ille ».

Je rencontre Rooster en avril 2017. Nous devenons amants.

Je rencontre Rooster au Porn Film Festival de Londres, en avril 2017. Rooster me dit avoir adoré mon 1er film, The Bitchhiker, nous sympathisons, puis nous nous revoyons le lendemain. Une après-midi passée à la Tate Modern, à parler porno alternatif. Et qui se conclut le soir même, tous les deux, à mon hôtel. Rooster et moi y passons notre première nuit ensemble. 

Je repars à Paris le lendemain ou surlendemain. Rooster et moi restons en contact. Ille m’envoie des messages quotidiennement, ponctués d’emojis cœurs. Je travaille à cette époque à la pré-production de plusieurs films pour Erika Lust. Rooster m’ayant avoué qu’ille rêvait de tourner pour Lust Productions, je lui propose de le mettre en relation avec Erika Lust Films. En plus de nos conversations personnelles, des projets professionnels s’ajoutent à nos échanges.

Rooster passe deux entretiens avec Erika Lust Films (un avec leur talent manager, et un avec Erika Lust). Il lui est demandé quelles sont ses limites sexuelles, et s’ille aimerait performer avec moi. Nous sommes finalement castés pour performer ensemble dans Architecture Porn. Nous recevons le script peu de temps après, et nous mettons d’accord pour pratiquer une scène de pegging. Nous discutons en détail avec la production du choix de harnais et de gode ceinture.

Rooster m’écrit qu’ille a envie de me voir. Je partage cette envie, j’organise un week-end en France dans un AirBnB en bord de mer. Balades sur la plage, restaurant, séances photo au polaroïd, sieste avec vue sur la mer. Nous profitons de ce temps passé ensemble pour mettre au point nos pratiques et notre consentement pour la scène de pegging qui aura lieu lors du tournage d’Architecture Porn. Pendant ce week-end, notre lien se renforçant, et Rooster montrant beaucoup d’enthousiasme pour mon travail, j’invite Rooster à performer également dans mon film Don’t Call Me A Dick qui doit être tourné à Barcelone juste après Architecture Porn. Il y jouera aux côtés de Bishop Black et Heidi Switch.

Rooster joue dans deux films tournés à Barcelone en juin 2017. Je réalise le premier : Don’t Call Me A Dick. Le second, Architecture Porn, est réalisé par Erika Lust, nous y sommes co-performers.

Lors de la préparation de Dont’ Call Me A Dick, Rooster est traité avec tout le professionnalisme indispensable à la pré-production d’un porno éthique. Le scénario du film lui est envoyé un mois à l’avance. Rooster confirme par écrit et par oral qu’ille est à l’aise avec les actes sexuels qui y sont décrits. Il lui est été donné l’occasion de s’entretenir avec Heidi Switch pour lui expliquer ses limites avant le tournage. 

Rooster et moi nous retrouvons donc à Barcelone pour les tournages d’Architecture Porn et Don’t Call Me A Dick. Rooster se montre en demande de passer du temps avec moi, alors que je suis très prise par la pré-production de deux de mes films. Ille vient dormir à mon appartement au lieu de profiter de sa chambre d’hôtel. Cela nous donne l’occasion de nous reparler de ce que nous ferons sur le tournage d’Architecture Porn.

Nous jouons ensemble dans Architecture Porn le 9 juin 2017, la scène de pegging se passe dans une ambiance complice. Pendant le tournage, chaque position que nous effectuons est discutée avant d’être réalisée entre nous et avec la réalisatrice, Erika Lust, et cela en présence de toute l’équipe du film ainsi que de la talent manager. Un making-of documente le tournage. Après le tournage, Rooster dit être heureux de son expérience. Nous dormons ensemble le soir même.

La veille du tournage de Don’t Call Me A Dick, Rooster m’explique se sentir un peu malade, comme s’ille avait attrapé un gros rhume. Je lui propose de se reposer, et de le remplacer. Bishop Black est d’accord pour jouer son rôle dans le film, remplacer Rooster ne nous pose donc aucun problème. Rooster proteste et insiste pour tourner. 

Le 11 juin, sur le plateau de Don’t Call Me A Dick, Rooster arrive fatigué. Il commence la journée en s’absentant longuement alors qu’il était attendu pour tourner. Je lui propose de nouveau de rentrer à son hôtel. Rooster me prend alors à part et me demande si je ne serai pas jalouse de sa co-performeuse, Heidi Switch, lorsqu’ils tourneront leur scène ensemble. Je réponds : non, bien sûr que non ! Rooster semble blessé par ma réponse. Ille se renferme. 

Nous revoyons le plan de travail pour laisser à Rooster le temps nécessaire pour se reposer à l’écart. Lorsque c’est au tour de Rooster de tourner, la production et moi-même lui demandons de nouveau s’ille se sent prêt à performer. Rooster répond que oui, ille veut tourner. Nous tournons donc les pratiques sexuelles pour lesquelles ille nous a donné son accord, et uniquement ces pratiques sexuelles. Je lui demande plusieurs fois s’ille va bien. Ille ne nous signale aucun inconfort. Le soir même, ille vient de nouveau dormir chez moi.

Au retour des tournages, je mets un terme à notre relation amoureuse.

Le lendemain, je repars en France. Le matin, avant mon départ pour l’aéroport, Rooster m’avoue qu’ille m’a trouvée distante sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. Qu’ille aurait aimé que je montre plus d’empathie pour son rhume, et qu’ille aurait souhaité voir que ma mission professionnelle m’importait moins que notre relation personnelle. Je lui réponds qu’ille ne s’agissait pas de faire un choix entre lui et le film. 

À peine suis-je arrivée à l’aéroport, que Rooster m’envoie de très longs messages audio, insistant sur le fait qu’ille ne souhaite pas que notre relation se termine, et confessant des penchants paranoïaques dans le cadre de ses relations amoureuses.

Arrivée à Paris, j’explique à Rooster que je ne me vois pas continuer une relation amoureuse avec lui. Nous passons un long moment au téléphone, j’expose clairement les raisons pour lesquelles je ne me projette pas dans une relation avec lui, avec toute la bienveillance possible. Nous tombons d’accord pour rester amis. 

En juillet 2017, je confie malgré tout à Rooster le poste de chef opérateur sur un film que je réalise à Berlin.

J’avais proposé à Rooster, peu de temps après notre rencontre, de travailler ensemble sur mon film suivant, l’orgie We Are The (Fucking) World. Il doit être tourné à Berlin en juillet 2017, et Rooster doit y être cette fois chef opérateur. Malgré l’aspect compliqué que prend la relation avec Rooster, je ne veux pas que la fin de notre lien sentimental vienne lui ôter une opportunité professionnelle. Je maintiens donc ma proposition de travailler avec lui comme directeur de la photographie. 

Lorsque nous nous retrouvons à Berlin, Rooster insiste pour que nous parlions de nous, sans que je saisisse bien ce que nous pourrions encore nous en dire. L’échange tourne court. Une fois sur le tournage, Rooster se révèle être un collaborateur particulièrement difficile. Prenant exagérément son temps, quand justement le temps presse, refusant d’écouter la directrice de production, et répondant de façon dure et sèche à mes questions. Je trouve son attitude agressive et peu professionnelle. Pendant le dérushage du film, que je mène à Paris, la directrice de production et moi-même recevons même de longs messages audios agressifs de la part de Rooster, car j’ai osé lui dire que nous avons des problèmes de mise au point et d’exposition sur ses rushes. Il a qualifie nos commentaires de « bullshit ». 

La directrice de production met donc les pendules à l’heure avec Rooster. Elle lui envoie le message suivant :

 “I have watched your rushes, and I must say, I am disappointed. You took only very short shots and no close ups. You did not shoot the whole thing. You would not take direction from Barbara or myself. You were not open to any dialogue with me in order to trouble shoot problems or come up with alternative solutions.

You did not do your job. As you were, in the beginning, willing to do this job for free, I assumed you cared. I assumed you were invested. Your lack of motivation to capture what you were asked to document is shocking.

En août 2017, je mets un terme à mes collaborations professionnelles avec Rooster et en informe Lust Productions. En octobre 2017, à la demande de Rooster, Rooster et moi nous voyons au Porn Film Festival de Berlin.

Rooster et moi nous revoyons en octobre 2017, à sa demande, lors du Porn Film Festival à Berlin. Nous parlons à cœur ouvert de mon feedback auprès de Lust production, et comme Rooster se montre amical avec moi,  je lui propose de demander à Lust de lui donner une seconde chance comme chef opérateur. Rooster me demande s’ille peut me présenter à d’autres performers, que mon travail intéresse. Me présenter à d’autres performers… un signe parmi tant d’autres qu’à ce stade, il n’a rien à reprocher à mon travail.

Suite à cette entrevue, ille semble apaisé, nos relations restent amicales. Le mois suivant, Rooster soutient la promotion des deux films sur lesquels ille a travaillé. Nous projetons un voyage en Pologne pour un festival de cinéma. 

En décembre 2017, Rooster me dit qu’ille souhaite renouer une relation amoureuse avec moi. Je lui annonce que j’ai rencontré quelqu’un.

En décembre 2017, je suis de passage à Londres pour une projection de We Are The Fucking World. Rooster propose que nous passions une soirée ensemble. J’accepte. Mais ille assortit alors sa proposition d’un message dans lequel ille demande à ce que nous renouions une relation amoureuse. 

“Maybe we could kinda try and reignite our « more-than-friendship-but-not-really-a-relationship » relationship.

(Rooster sur WhatsApp)

Je lui réponds par écrit que c’est impossible, car j’ai rencontré quelqu’un et que j’ai une relation exclusive avec cette personne. Je maintiens mon envie de le voir à la projection et de dîner amicalement avec lui. Mais Rooster m’envoie un long message audio, coléreux cette fois, qu’il me dit être son message « final ». Ille exprime qu’ille se sent manipulé émotionnellement, et dit qu’ille ne veut plus entendre parler de moi sur le plan personnel. Ille ne veut rester en contact que sur le plan professionnel, pour la promotion des films :

« I know I still have to have associating with you regarding We Are The Fucking World or whatever or other kind of films that we’ve done together, but I think on a personal level, the fact that you couldn’t even give me some time, and as I said, drag this on for like so long since June, even if it’s not even to speak about relationship or whatever but even on a personal working relationship, you haven’t really given me the time of day. That’s why I felt manipulated and stuff, and I don’t see why I’ve had to speak to everyone else who aren’t really connected to the issue and you can just give me a moment of clarity. Unfortunately, in order not to further be more, not traumatized, but to be more like, from where I’m coming from feeling in a way emotionally manipulated. I wouldn’t want that to happen again and for me to be spiraled. I’ve been thinking a lot. I openly feel like outside of work, basically, and outside of the working relationship, I don’t feel like meeting up with you. »

Je ne lui donne donc plus aucune nouvelle.

Rooster dit dans des festivals qu’une de ses limites sexuelles n’a pas été respectée sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. J’essaie de comprendre.

C’est en mai 2018 que j’apprends par l’intermédiaire du festival La Fête du Slip que Rooster va depuis au moins le mois de mars de festival en festival en disant qu’une de ses limites sexuelles a été violée sur le tournage de Don’t Call Me A Dick. 

Mes demandes d’explications à Rooster restent vaines. Ille répète qu’une de ses limites a été franchie mais refuse de donner plus d’explication, de préciser ce qu’il s’est passé précisément. 

Je contacte l’équipe présente sur le tournage de Don’t Call Me A Dick, joins Heidi Switch, la co-performer de Rooster dans le film (Bishop Black n’a aucune interaction avec Rooster sur le tournage), pour tenter de comprendre. Personne ne saisit les accusations . 

Les propos de Rooster sont confus et vagues, mais il est clair que je suis la seule personne visée. Je comprends les semaines suivantes qu’ille contacte toutes les personnes avec qui j’ai travaillé pour leur dire que je suis quelqu’un de « dangereux ».  

Après une tentative de médiation entièrement à mes frais, pendant laquelle Rooster refuse encore une fois d’en dire plus sur l’agression qu’ille prétend avoir subie, je décide de rompre le contact. 

Rooster multiplie les accusations contradictoires, sur une dizaine de plateformes et réseaux sociaux. En quelques mois, ille publie une centaine de posts me visant personnellement.

Rooster reprend la campagne contre moi sur les réseaux sociaux. Ille se met à publier abondamment les correspondances privées que nous échangions du temps où nous nous voyions, dans un but que je ne saisis pas, ainsi que des photos intimes de moi au lit, et des photos de mon visage gribouillées maniaquement de noir. Les messages qu’ille publie sont recadrés, présentés dans des contextes différents. Mais surtout, Rooster utilise le hashtag #metoo. Et me surnomme très sérieusement Harvey Weinstein. 

En quelques mois, ille poste une centaine de posts sur toutes les plateformes et réseaux sociaux imaginables, de YouTube à Facebook et Instagram en passant par Twitter et Medium, m’accusant d’être une personne « manipulatrice », « dangereuse », qui a commis des agressions sexuelles. Ille dirige sa campagne de harcèlement contre Erika Lust, qui a produit mes films et les distribue, a gagne ainsi de la visibilité. Obtenant l’attention de quelques influenceuses, Rooster redouble ses efforts. Et ille commence à multiplier des versions de plus en plus à charge, sans se soucier de se contredire.

Ille continue d’abord d’assurer avoir été agressé sexuellement sur le plateau de Don’t Call Me a Dick, en me désignant comme son agresseur, et sans vouloir en dire plus. Cependant, Heidi Switch est la seule personne avec qui ille a eu une interaction sexuelle lors du tournage. Rooster n’accuse jamais Heidi Switch d’avoir franchi la moindre de ses limites sur le plateau. Ses accusations me visent toujours personnellement.

Rooster et moi n’avons pas été seuls une seconde ce jour là, j’étais à chaque moment avec mon chef op et/ou l’assistante réal. Plus d’une dizaine de personnes étaient constamment sur le plateau. Rooster avait donné son consentement pour la liste de pratiques sexuelles que nous allions tourner. Nous n’avons tourné que ces pratiques. Rooster n’a exprimé aucun inconfort sur le plateau, ni à moi, ni à aucun membre de la production.

Dans un deuxième temps, Rooster prétend que nos relations n’ont jamais été que professionnelles, et que je l’ai harcelé et abusé sexuellement. Sa réécriture de notre histoire va loin, là encore : je lui aurais fait croire que pour tourner dans Architecture Porn, il était obligatoire selon les protocoles de Lust Productions qu’il ait un rapport sexuel avec moi. C’est pour cette raison que nous serions devenus intimes.

Je porte plainte.

À l’époque, je me refuse à publier les nombreux messages sentimentaux, les sextos, et mêmes les messages de dépit amoureux de Rooster pour prouver sa mauvaise foi et sa malveillance…  Il est important pour moi de réagir d’une façon qui me semble juste et digne. Je n’ai pas envie de me soumettre à un simulacre de tribunal populaire sur les réseaux sociaux, ni de livrer ma vie privée en pâture pour me justifier d’accusations décousues, contradictoires, absurdes même.

Je fais le choix de porter plainte en France pour diffamation ainsi que harcèlement et qu’atteinte à la vie privée. Je prends une avocate et décide de m’en remettre à la justice, malgré son coût, et sa lenteur. Rédiger la plainte en harcèlement nous prend des mois, il nous faut lister les dizaines de posts et de sites de Rooster, rassembler des certificats médicaux et des témoignages. C’est long, mais on y arrive enfin. Ma plainte pour harcèlement et atteinte à la vie privée est consultable ici, elle reprend les faits de façon claire et précise.  

Le harcèlement s’intensifie.

Bien sûr, avant de déposer plainte, j’ai envoyé des mises en demeure à Rooster, lui demandant de cesser ce comportement. Mais elles n’ont eu aucun effet, Rooster continue semaine après semaine et mois après mois à multiplier les pages web et les comptes sur les réseaux sociaux, tous dédiés à m’accuser des pires crimes. Ses messages hargneux, moqueurs, prenant un maximum de personnes à témoin et les enjoignant à se détourner de moi, me tombent dessus par salves — jusqu’à des dizaines en quelques heures.

Les posts de Rooster sont repris et partagés par de plus en plus de personnes, promptes à s’indigner. La dynamique sur les réseaux sociaux est ainsi faite que les gens ne cherchent pas à comprendre, à vérifier. Cela aurait pourtant été simple… il y avait 12 personnes sur le tournage, identifiées clairement, et faciles à contacter pour vérifier ses dires. Mais il est plus facile de monter sur ses grands chevaux immédiatement, de relayer ces histoires scabreuses et d’appeler à mon lynchage virtuel, non ? Je le sais, je l’ai fait aussi. On a l’impression que le temps passé sur les réseaux sociaux n’est pas vain, qu’on sert à quelque chose, qu’on se bat pour les bons, qu’on lutte contre les méchants, qu’on contribue à rendre le monde meilleur. En un simple clic. C’est satisfaisant. Mais quelles conséquences ont tous ces simples clics…

Des amis, des contacts professionnels me tournent le dos. Mais un de perdu, dix de retrouvés. Des gens que je ne connais pas me contactent pour m’insulter.

☛ Je contacte la police au Royaume Uni. Rooster reçoit un avertissement pour harcèlement de la part de la police Londonienne.

Je porte plainte pour harcèlement directement auprès de la police au Royaume Uni, dont Rooster est citoyen, en espérant qu’une investigation et une injonction iront lieu plus rapidement. Ça ne traîne pas, Rooster reçoit un premier avertissement pour harcèlement de la Met Police de Londres. Ille nie d’abord en avoir connaissance, puis se contredit quelques mois plus tard, clamant sur les réseaux sociaux que je le menace, afin de le réduire au silence. 

Je me replie socialement sur moi-même, tandis que Rooster redouble d’efforts pour continuer de répandre publiquement ses accusations.  Je ne pensais pas que des posts, de l’immatériel, de la vie virtuelle, pourraient générer cette souffrance. Je ressens pendant des mois et des mois une anxiété constante. Entre deux salves d’attaques, j’ai l’impression d’être en sursis. Je redoute le prochain mensonge de Rooster, qui sera certainement encore plus infamant. J’essaie d’imaginer ce qu’elle va inventer d’encore plus calomnieux. Mes scénarios catastrophes s’avèrent toujours en deçà de la réalité. Jusqu’où ira-t-ille ? Je perds le sommeil, l’appétit, ma concentration. Je traverse des mois d’hébétude et de peur.

☛ Rooster stalke mes réseaux sociaux, se présente aux événements auxquels je suis invitée, et poste publiquement qu’il veut parfois “faire du mal à quelqu’un”. Le harcèlement prend une nouvelle dimension que je vis comme menaçante physiquement.

J’entame une thérapie, et je me tiens à distance des festivals où mes films sont projetés. Rooster en profite pour se rendre à ces festivals que je déserte, même lorsqu’ils n’ont rien à voir avec le porno, même sans y être invité, montant sur scène lorsqu’est diffusé Don’t Call Me a Dick pour prendre la parole à ma place. La menace devient physique. Ille va stalker mes réseaux sociaux et se rend sans préavis aux événements auxquels je suis invitée. 

Rooster publie aussi des menaces de suicide ou d’agression physique sur ses réseaux sociaux. Disant que dans la situation dans laquelle ille se trouve, ille ne voit pas d’autre solution que « se faire du mal ou faire du mal à quelqu’un ».  Quelqu’un ? Difficile de ne pas me sentir visée.

“It had gotten to the point where the only options I had left during that intense crisis period was: i). to harm myself or ii). to inflict harm to someone else.

(Rooster sur Twitter)

Je recontacte la police de Londres, afin de signaler que le harcèlement continue. Ils convoquent Rooster.

Au printemps 2019, Rooster change une nouvelle fois sa version des faits. Ille monte encore d’un cran dans la gravité de ses accusations. Ille dit maintenant avoir été violé. Sur le tournage d’Architecture Porn, cette fois.

Rooster continue ses accusations par vagues. Ille décide de changer de nouveau de version, et annonce avoir porté plainte pour viol. Je n’ai à ce jour reçu aucune notification ou convocation, mais ille publie la première page d’un document d’avocat sur les réseaux sociaux. Je ne peux pas présumer de leur véracité. Est-ille allé jusqu’à la dénonciation calomnieuse ou est-ce une énième tentative d’intimidation ? Je ne sais pas. 

En tout cas, n’étant pas à une contradiction près, ille semble admettre avoir formé un couple avec moi, la plainte rappelant que le couple ne présuppose pas du consentement lors d’un rapport sexuel.

☛ Rooster prétend d’abord qu’ille aurait été pénétré par surprise. Les images montrent que c’est impossible.

En ligne, Rooster prétend dans un premier temps que la scène de pegging d’Architecture Porn aurait eu lieu sous l’effet de la surprise. Un making-of du film est en ligne. Les images du making of, ainsi que les rushes complets du film qui sont en ma possession et visibles à la demande, prouvent très clairement l’impossibilité d’une pénétration par surprise. On y voit Rooster attendant la scène de pénétration, déjà en position, avant même que j’entre dans le cadre. Erika Lust a également réfuté la possibilité d’un viol ou d’une agression sexuelle sur ce tournage et celui de Don’t Call Me A Dick. 

☛ Puis Rooster parle d’un signe secret entre nous, que j’aurais délibérément ignoré. Là encore, les images le contredisent.

Rooster préfère ensuite m’accuser d’avoir ignoré un signe qu’ille m’aurait fait, afin que nous arrêtions le rapport pendant la scène. Ce signe secret n’a jamais existé. Pourquoi aurions-nous convenu d’un signe, quand nous pouvions tout simplement nous parler, comme nous l’avons fait tout le reste du tournage ?

Les rushes d’Architecture Porn qui sont en ma possession montrent la scène dans son intégralité, sans le moindre cut, du début à la fin de la pénétration. (Je ne communiquerai le mot de passe de cette vidéo que sur demande.) Et les images contredisent encore une fois les accusations de Rooster. Aucun signe cryptique n’y est échangé, nous sommes connectés par le regard et le toucher, nous rions, nous parlons, nous faisons attention l’un à l’autre. Le moment où Rooster souhaite changer de position, nous changeons de position. La fin de la scène de pénétration est d’ailleurs bien visible dans le making-of.

D’ailleurs, Rooster, interviewé après notre scène, se réjouit dans ce même making-of de la liberté qui nous a été accordée sur le tournage. Ille dit :

“I really love that she (Erika Lust) was OK with a lot of freedom, to do whatever we wanted.”

(Rooster dans le making of d’Architecture Porn)

☛ Rooster utilise une mise en demeure que je lui ai fait envoyer au sujet de Don’t Call Me A Dick.

Rooster ressort alors une lettre d’avocat que je lui ai fait parvenir au début de sa campagne de harcèlement, quand ses accusations portaient encore sur le film Don’t Call Me A Dick. Mon avocat réitérait dans cette mise en demeure les limites dont Rooster m’avait fait part pour ce film, dans lequel ille performait avec Heidi Switch. Voici l’extrait de la lettre.

“(Olympe de G.) invited you to appear in a film she was making entitled Don’t Call Me a Dick. You did so appear. When invited to appear you told (Olympe de G.) you were not willing to have oral sex performed on you, nor to be penetrated in a ’doggy style’ position. You did not set any other sexual boundaries. (Olympe de G.) respected your stipulations about oral sex and doggy style anal sex. “

Dans la scène de pegging d’Architecture Porn, Rooster est à plat ventre. Lorsque Rooster et moi avions parlé tous les deux de nos limites en France, avant le tournage d’Architecture Porn, Rooster m’avait dit que la levrette (“doggy style”) était une position qu’ille ne pratiquait que si ille se sentait intime avec quelqu’un. Rooster m’avait proposé ce soir-là de la pratiquer avec lui, me disant, qu’avec moi, ille se sentait en confiance. Ce soir-là, j’ai préféré que nous ne la pratiquions pas.

Les limites de chacun et chacune dépendent du contexte, et des partenaires. Rooster ne souhaitait pas être pénétré en levrette sur un tournage avec Heidi Switch, qu’ille ne connaissait pas. Cette limite a bien évidemment été respectée. En revanche, Rooster était d’accord pour que nous pratiquions cette position ensemble, deux mois après notre rencontre.

C’est ce que montrent les rushes du tournage. On y assiste à une conversation (à 26’25’’) pendant laquelle Rooster propose lui-même que nous pratiquions une levrette:

“- Rooster: Do you wanna do doggy?
– Olympe: Do I wanna do doggy? As you want, do you like it?
– Rooster: Yeah
– Olympe: What do you prefer? I think you prefer on your back, no? So let’s do it on your back?
– Rooster: Doggy is also good.

(Rooster sur le tournage d’Architecture Porn)

Puis Rooster attend sur le ventre que je le rejoigne, et me guide.

C’est un rapport sexuel discuté, et préparé. Cette préparation et cette discussion sur nos limites sexuelles qui ont eu lieu avant le tournage de la scène ont de nombreux témoins : Erika Lust, ainsi que toute l’équipe du film et la talent manager présente sur le plateau pour s’assurer que les performers sont entendus et se sentent en sécurité.

☛ Pourquoi l’instrumentalisation de #MeToo par Rooster me révolte.

Au delà du cauchemar que Rooster me fait vivre — je me suis déjà exprimée sur les conséquences psychologiques de sa campagne de harcèlement — je suis profondément choquée par la façon dont Rooster se sert (et donc dessert) le mouvement #MeToo afin d’assouvir ses désirs de revanche personnelle. 

Des femmes se battent depuis des années pour faire entendre les témoignages des victimes d’agressions sexuelles sans qu’ils soient remis systématiquement en doute, décrédibilisés. Ce contexte nouveau, fragile, qui favorise la libération d’une parole aussi sincère que douloureuse repose sur le fait que les témoignages des victimes soient acceptés sans remise en question par leur entourage. #MeToo, c’est croire sans hésiter une personne qui exprime sa douleur d’avoir été agressée. Une démarche utile et positive lorsque les victimes ne sont animées par rien d’autre qu’une soif de justice. 

J’ai participé au mouvement #MeToo à l’automne 2017, en parlant pour la première fois d’agressions sexuelles qui me sont arrivées entre mes 11 ans et mes 21 ans sur les réseaux sociaux. Je comprends le sentiment d’injustice, et le besoin d’être entendue. #MeToo a été un moment important dans ma vie. En revanche, que cette dynamique se retourne contre moi, je ne l’avais pas vu venir. Le fameux retour de bâton a été quasi instantané.

Quand Rooster s’est servi des hashtags #MeToo, #TimesUp, ça a été pour propager de façon opportuniste des mensonges terribles, motivés par son désir de revanche personnel contre moi. Associés au hashtag #MeToo, ses témoignages n’ont aucunement été remis en question, ils ont été accueillis avec sympathie. Rooster a été remercié publiquement par des festivals pour sa bravoure, ille a été invité à participer à des tables rondes pour parler de son expérience, pour sensibiliser sur la question de la sécurité sur les tournages de porno. 

Quel cynisme. #MeToo n’est pas un instrument de vengeance pour gérer un sentiment de rejet, de frustration, de paranoïa. #MeToo n’est pas une arme qu’un homme peut retourner contre une femme qui n’a pas voulu de lui. Utiliser #MeToo pour faire du tort à quelqu’un, c’est profondément malhonnête, c’est opportuniste, et c’est surtout ce que l’on peut faire de pire à toutes les victimes qui se battent pour que leur parole ne soit pas remise en question. 

Quand un menteur profite de #MeToo, et profère de fausses accusations de viol ou d’agression sexuelle pour nuire à quelqu’un, ille donne de l’eau au moulin de tous ceux qui mettent la parole des victimes en doute. L’existence même de cette parole opportuniste fragilise la parole des véritables victimes. Et ça, c’est inacceptable. Ça suffit.

☛ Mi-septembre 2019, Rooster est mis en examen pour diffamation.

Rooster a été mis en examen pour diffamation dans le cadre de ses propos tenus sur la plateforme Médium.

Ça ne l’empêche pas de continuer, depuis sa convocation au Palais de Justice, à publier des vidéos appelant au cyber harcèlement en meute.

“If people wanna call out Olympe or call in Olympe – especially if you’re French – please do it! Don’t keep on like putting you know … Use your privilege and do it! (…) She can not sue us all”

(Rooster sur les réseaux sociaux)

Mais cette mise en examen reste une bonne nouvelle.

J’en profite pour partager avec vous cette info utile : le cyber harcèlement en meute est puni par la loi Schiappa depuis août 2018. Jusqu’à présent, seuls les actes répétés par une seule personne pouvaient constituer du harcèlement moral ou sexuel. L’article 222-33-2-2 du Code pénal sanctionnait “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale”. Le nouveau texte a étendu l’application du droit du harcèlement aux actions de groupe et à l’utilisation de “support numérique ou électronique”. Sont punis les raids menés à des fins de cyberharcèlement dès lors que ces derniers ont des motivations sexuelles ou sexistes. L’ensemble des membres du groupe écopent d’une sanction, même s’ils et elles n’ont pas agi “de façon répétée”. Les peines encourues sont de jusqu’à 3 ans de prison et 45000 euros d’amende. Si le sujet vous intéresse, je vous encourage à lire des articles sur ce procès emblématique que fut celui des cyberharceleurs de la journaliste Nadia Daam, défendue par Maître Éric Morain.

☛ En septembre 2020, la plainte de Rooster pour viol est classée sans suite.

Je suis entendue par la police judiciaire en février 2020 au sujet de la plainte pour viol qu’a effectivement déposée Rooster. Cela a pour conséquence de mettre en pause ma plainte pour harcèlement et atteinte à la vie privée, qui atterrit sur le bureau du même brigadier.

Le brigadier, après m’avoir entendu et visionné les rushes d’Architecture Porn, est très rassurant. Il explique :

« La procédure de “viol” est transmise pour appréciation (ce qui veut dire, à 95%, qu’elle sera classée à l’issue de la lecture par la magistrate). Elle me demande aussi de lui transmettre la plainte pour atteinte à la vie privée, pour peut-être orienter cette procédure vers un autre service de police ».

Pendant le confinement, les attaques de Rooster continue et gangrènent mon entourage direct, en France. Mon anxiété devient handicapante, je suis mise en arrêt de travail mi-juin. L’arrêt est prolongé de mois en mois tout au cours de l’été, et continue à l’automne. Je me repose, et essaie de reprendre des forces.

Début septembre, j’apprends par le biais de la police que la plainte pour viol de Rooster est classée sans suite. Et qu’ils prennent ma plainte pour harcèlement et atteinte à la vie privée en main.

Enfin.

☛☛☛ EN QUELQUES MOTS

Après qu’Olympe de G. a mis fin à leur relation amoureuse, Rooster, acteur porno, l’accuse sur les réseaux sociaux de l’avoir agressé sexuellement, puis violé. En un an et demi, les allégations de Rooster n’ont cessé de se multiplier et de se contredire. Olympe de G. partage en toute transparence le making of et les rushes du film. Rooster a été mis en examen en septembre 2019 pour diffamation, et sa plainte pour viol contre Olympe de G. a été classée sans suite. La police investigue actuellement la plainte pour harcèlement et atteinte à la vie privée d’Olympe de G. contre Rooster.

About the harassment campaign the performer Rooster has been conducting against me for more than 2 years on & offline.

 Rooster and I meet in April 2017. We immediately become lovers.

I meet Rooster at the Porn Film Festival in London in April 2017. Rooster tells me they loved my first movie, The Bitchhiker, we talk. We meet again the next day. The two of us spend the afternoon at the Tate Modern, talking about alternative porn. And we go, later that night, to my hotel. Rooster and I spend our first night together. 

I’m going back to Paris the next day. Rooster and I stay in touch. They sends me messages daily, accompanied by heart emojis. At this time, I am working on the pre-production of two films for Erika Lust Films. Rooster tells me that they dreams of performing for this production company. So I offer Rooster to put them in contact with Erika Lust Films.

Rooster goes through two casting interviews with Erika Lust Films (one with a talent manager, and the other one with Erika Lust), in which they is asked about their sexual boundaries, and also if they would be OK to perform with me. We are finally booked together to shoot in a XConfessions film: Architecture Porn. We receive the script and agree that we would perform a pegging scene together. The use of toys and harnesses for the sex scene is discussed in detail.

Rooster writes to me that they would like to see me. I would too, so I organize a weekend in France in an AirBnB by the sea. Walks on the beach, moules frites, Polaroid sessions, nap overlooking the sea. We take advantage of this time together to adjust our practices and our consent for the pegging scene that will take place during the filming of Architecture Porn. During this weekend, our bond is growing stronger, and Rooster is showing a lot of enthusiasm for my work, so I invite them to perform as well in my film Don’t Call Me A Dick. It will be shot in Barcelona just after Architecture Porn. Rooster will perform alongside Bishop Black and Heidi Switch.

Rooster performs in two short films, shot in Barcelona in June 2017. I direct the first one: Don’t Call Me A Dick. The second one, Architecture Porn, is directed by Erika Lust, we are co-performers.

During the preparation of Don’t Call Me A Dick, Rooster is treated with all the professionalism needed for the pre-production of any ethical porn film. The scenario of the film is sent to them weeks in advance. Rooster confirms in writing and orally that they is comfortable with the sexual acts described. They is given an opportunity to talk with Heidi Switch and explain their limits before shooting. I make sure they are both happy to perform together.

Rooster and I meet again in Barcelona, a few days before the shooting of Architecture Porn and Don’t Call Me A Dick. Rooster is asking to spend time with me, but I am very busy with the pre-production of my films. They comes to sleep to my apartment instead of enjoying their hotel room. It gives us the opportunity to talk again about what we will do on set of Architecture Porn.

Rooster and I perform together in Architecture Porn on June 9, 2017. We laugh and play, the atmosphere is relaxed and warm. During the shooting, each position we perform is previously discussed between us and with the director, Erika Lust, in the presence of the main film crew and of the talent manager. A « making-of » documents the shooting. After the shooting, Rooster tells me and the crew they is very happy with their experience. We sleep together the same evening.

The day before the filming of Don’t Call Me A Dick, Rooster says they is starting to feel a little sick, that they has caught a cold. I offer them not to shoot, and to rest to get better instead. Bishop Black is OK to perform Rooster’s role in the film, so replacing Rooster does not create any problem at all for us. Rooster insists on shooting. 

On June 11th, on the set of Don’t Call Me A Dick, Rooster arrives tired. They starts the day by taking a long time off, leaving the studio, while they was expected on set. I offer them again to return to their hotel and sleep. Out of the blue, Rooster takes me aside and asks me if I will not be jealous of their co-performer, Heidi Switch, when they perform together. I answer: no, of course not! Rooster seems hurt by my answer. They closes up. 

We change the shooting plan to give Rooster time to rest in the studio in the morning. Several hours later, when it’s Rooster’s turn to perform, the production and I ask them again if they feels ready to perform. Rooster answers: yes, they wants to shoot. So we shoot the sexual practices Rooster agreed on, and only these sexual practices. I ask them several times if they is fine. They does not, at any point, tells me that they is not feeling comfortable with something. The same evening, Rooster comes to sleep at my place.

 I go back to Paris and put an end to our romantic relationship.

The next day, I go back to France to start editing the films. In the morning, before my departure to the airport, Rooster confesses to me that they found me distant during the shooting of Don’t Call Me A Dick. That they would have liked me to show more empathy for their cold, and that they would have liked to see that my professional mission mattered to me less than our personal relationship. I answer that collaborating on a film together should not turn into me having to make a choice between them and the film. 

As soon as I arrive at the airport, Rooster sends me very long audio messages, insisting that they does not want our relationship to end, and confessing paranoid tendencies in a previous romantic relationship.

When I arrive in Paris, I explain to Rooster that I do not see myself continuing a relationship with them. We spend a long time on the phone, I clearly expose the reasons why I do not project myself into a relationship with them. We agree to stay friends. 

 I maintain my offer to Rooster to be the DOP of my next film, shot in Berlin in July 2017. But the collaboration is difficult, at every level. 

I had offered Rooster, back in May 2017, shortly after we met, to work with me on my 4th film, the orgy We Are The (Fucking) World. This film had to be shot in Berlin in July 2017. Rooster would this time be behind the camera. 

I am having mixed feelings, after the experience of Don’t Call Me A Dick, but Rooster and I decided to remain friends, and I do not want the end of our intimate relationship to take away a professional opportunity from them. Hence, I maintain my proposal to work with me as director of photography. 

When we meet in Berlin, Rooster insists that we talk about us, without me understanding what we still can say about it. Once on set, Rooster turns out to be particularly difficult to work with. Overly taking their time, when time is running out, refusing to listen to the line producer, and answering my questions with anger, when not ignoring them. I find their attitude aggressive and unprofessional. 

While I’m editing the film in Paris, the line producer and I even receive aggressive audio messages from Rooster, because I told Rooster that we have problems with the focus and the exposition on their rushes. They calls our comments “bullshit”. 

The line producer sets the record straight with Rooster. She sends them the following message:

 “I have watched your rushes, and I must say, I am disappointed. You took only a few short shots and no close ups. You did not shoot the whole thing. You would not take direction from Barbara or myself. You were not open to any dialogue with me in order to trouble shoot problems or come up with alternative solutions.

You did not do your job. As you have been in the beginning, I am willing to do this job for you. I assumed you cared. I assumed you were invested. Your lack of motivation to capture what you are asked to document is shocking. “

 In August 2017, I put an end to my professional relationship with Rooster and inform Lust Productions. In October 2017, Rooster and I see each other at the Porn Film Festival in Berlin.

At their request, Rooster and I see each other in October 2017, at the Porn Film Festival in Berlin. We talk openly about my feedback about their work to Lust Production. Rooster is friendly with me. They asks me if they can introduce me to other performers. Introducing me to other performers … a sign among many others that at this point, Rooster has nothing to reproach me. They recommends me to sex workers friends.

After this moment together in Berlin, our relationship remains friendly. The following month, Rooster supports the promotion of the films they has worked on with me. We plan a trip to Poland for a film festival. 

 End of November 2017, Rooster tells me that they wants to “reignite” a romantic relationship with me. I tell them that I met someone.

The last week of November 2017, I’m in London for a screening of We Are The (Fucking) World. Rooster offers that we spend an evening together. I accept. But before we actually meet, they sends me a message in which they expresses a desire to renew an intimate relationship together. 

Maybe we would like to try and reignite our « more-than-friendship-but-not-really-a-relationship » relationship.”

(Rooster on WhatsApp)

I answer that it’s impossible because I met someone and I am in an exclusive relationship with that person. I maintain my desire to see them at the screening and to have a friendly dinner with them. But Rooster sends me a long audio message, angry that time, that he tells to be his “final” message. They says that they feels emotionally manipulated, and that they does not want to hear about me at a personal level anymore. They wants to keep in touch with me only on a professional level, for the promotion of the films:

“I know I still have a relationship with you that we are doing together, but I think it’s a good idea to do that. time, and as I said, drag this on to be so long since June, even if it’s not even about me or not, but it’s not really about the time of day. That’s why I’ve been manipulated and stuffed, and I’m not sure why you’re going to be able to speak to anyone at this moment of clarity. Unfortunately, not traumatized, but to be more like, from where I’m coming from feeling emotionally manipulated. I would not want that to happen again and for me to be spiraled. I’ve been thinking a lot. I’m really good at being outside of work, and I’m not feeling like meeting up with you.

I respect their choice and do not give them any more news.

 In may 2018, I hear through a festival that Rooster says one of their sexual boundaries was not respected on set of my movie Don’t Call Me A Dick. I try to understand.

In May 2018, I learn through the festival La Fête du Slip that Rooster goes since at least the month of March from festival to festival, saying that they was sexually assaulted on the set of Don’t Call Me A Dick. 

My requests for explanations are ignored by Rooster. They repeats that one of their boundaries has been violated but refuse to give more explanation, and to specify what exactly happened. 

I contact the team that was present on the set of Don’t Call Me A Dick, and reach out to Heidi Switch, who co-performed with Rooster in the film (Bishop Black had no interaction with Rooster), to try to understand. Nobody gets the accusations. 

Rooster’s allegations are confused and vague, but it is clear that I am the only person targeted. I understand the following weeks that they contacts everyone I’ve worked with, to tell them that I’m a “dangerous” person.  

After an attempt at mediation entirely at my expense, during which Rooster refuses once again to say more about the aggression that he claims to have suffered, I decide to stop the contact. 

 Rooster multiplies conflicting accusations on many social medias and platforms. Within a few months, they publishes around a hundred posts targeting me.

Rooster takes their accusations to social networks. They starts publishing extensively our private correspondence from when we were seeing each other (for a purpose that I do not grasp) as well as intimate photos of me in bed, and pictures of my face scrawled maniacally in black. The messages published are partially cropped, re-framed and put into different context, attempting to cast a slur at me. But above all, they uses the hashtag #metoo. And they seriously calls me Harvey Weinstein. 

In a few months, they posts a hundred posts on all the platforms and social networks you can think of, from YouTube to Facebook and Instagram to Twitter and Medium, accusing me of being a “manipulative”, “dangerous” person, who has committed sexual assaults. They develops their harassment campaign by targeting Erika Lust as well, who produced and distributes my films. Erika Lust’s name is bigger than mine. Rooster gains visibility. Getting the attention of some influencers, Rooster posts even more, and multiplies the versions of their allegations, without worrying about contradicting themself.

Rooster first continues to claim that they has been sexually assaulted on the set of Don’t Call Me a Dick, pointing their finger at me as their assaulter, but not wanting to say more. However, Heidi Switch is the only person with whom they had sexual interaction during the shooting. Rooster never accuses Heidi Switch of having crossed any of their limits that day. Their accusations always target me personally.

Rooster and I were not alone for a second that day, I was at every moment with the DOP and/or the assistant director. More than a dozen of people were constantly on set. Rooster had agreed beforehand to the list of sexual actions that they would perform. When Rooster performed, we only shot sexual practices they had agreed on. While shooting, they never expressed discomfort or asked to stop the scene, neither to me nor to anyone in the production.

In a second step, Rooster suddenly claims that our relationship has always been exclusively professional, and that I have harassed and sexually abused them in the frame of our work together. According to them, I would have led them to believe that, in order to shoot in Architecture Porn, they had to have sex with me. I would have told him that having sex with me to rehearse the scene was mandatory, according to the protocols of Lust Productions.

 I file a claim.

At that time I refuse to publish Rooster’s affectionate messages, selfies, sexting, and even the angry messages they sent me after feeling romantically rejected. It would easily prove Rooster’s bad faith and harmful intentions. But it does not feel like me. It is important for me to react in a way that feels right and worthy. And I do not want to submit myself to those shams of people’s court that happen on social networks. I do not want either to make my private life public, or to justify myself for disjointed, even absurd accusations. 

I make the choice to file claims in France for public defamation (slender), as well as harassment and invasion of privacy. I hire a lawyer and decide to submit to justice, despite the cost, and slowness of the process. Putting together a claim for harassment will literally take us months, as we have to gather testimonies, certificates, and to list the dozens and dozens of URLS of Rooster’s posts. But we make it. My claim for harassment and invasion of privacy is available here, it recounts the facts clearly and accurately.  

  The harassment is intensifying.

Of course, before filing a claim, I have sent formal notices to Rooster, asking them to stop this behaviour. But it has had no effect on them. Rooster continues week after week, month after month, to create restlessly web pages, and accounts on social networks, all fully dedicated to accusing me of the worst crimes. Their posts try to engage as many people as possible, with the injonction to call me out, and stop any contact with me. Rooster posts fall on me in bursts – up to dozens in a few hours.

The posts get seen and shared by more and more people. The dynamics on social networks are so, that people do not try to understand, to check the facts. It would have been simple though … there were 12 people on the set, clearly identified, and easy to contact in order to verify Rooster’s story. But it is easier to be outraged straight away, to relay the post and to call for a virtual lynching, right? I know the feeling, the satisfaction. It makes us feel like we did something good, fought a villain and protected the weak and innocent, all with one click. But what a harmful click. 

Friends and professional acquaintances turn their back on me. People I do not know contact me to insult me.

I go to the police in UK. Rooster receives a warning for harassment by the London Met Police.

I contact the police in the United Kingdom, of which Rooster is a citizen (and resides at), to signal the harassment, hoping that an investigation and an injunction will take place more quickly than in France. And it does. Rooster receives a warning for harassment from the London Met Police. They denies for a while knowing about it, then changes version a few months later, clamoring on social networks that I threaten them, in order to silence them. 

I am socially withdrawing, while Rooster is working twice as hard to spread their allegations. I did not think that simple posts, that something immaterial, that virtual life could generate that much suffering. I feel constant anxiety for months and months. Between two salves of attacks, I have the impression of a sword of Damocles hanging over me. I dread Rooster’s next lie. Given the way their story evolved, changed, and unfolded so far, I am wondering how far they will go. I lose sleep, appetite, my focus. I go through months of stupor.

☛ Stalking, showing up at events uninvited, posting about “harming someone”… The harassment takes a dimension that I experience as physically threatening.

I start a therapy, and I stay away from the festivals where my films are screened. Despite being blocked, Rooster stalks my social networks and takes the opportunity to go to these festivals that I am avoiding now, even when they have nothing to do with porn, even without being invited at all. They rises on stage when Don’t Call Me A Dick is screened, to talk about the film in my place. They posts pictures of them on stage, during talks, triumphal. The threat becomes physical. Rooster stalks and goes without notice to events to which I am invited. Which makes me feel like avoiding those events even more.

Rooster also publishes threats of suicide or physical aggression on their social networks. 

” It had gotten to the point where the only options I had left during that intense period of time were: i). to harm myself or ii). to inflict harm to someone else.

(Rooster on Twitter)

Someone ? Hard not to feel targeted.

I go back to the police in UK, report that the harassment continues. They investigate the case and convoke Rooster for an interview.

 In the spring of 2019, Rooster changes their narrative again. They now says that they has been raped. On the set of Architecture Porn, this time.

Rooster continues their accusations with waves of posts. They changes version again, and announce to have filed a claim for rape against me. To date, I have not received any notification, but they publishes the first page of a lawyer’s document on social networks. I can not presume their truth. Has they really made a slanderous denunciation or is it yet another intimidation attempt? I do not know. 

In that claim, Rooster seems to admit again they has been in a romantic relationship with me; the document mentions that being a couple doesn’t presuppose that sex is consented.

Rooster claims at first that they was penetrated by surprise. The images show that it’s impossible.

Online, Rooster claims at first that the scene of pegging in Architecture Porn would have taken place under the effect of the surprise. A making-of the film is online. The images show very clearly the impossibility of a penetration by surprise. We see Rooster waiting for the penetration scene, already in position, even before I enter the frame.  Erika Lust also refuted the possibility of rape or sexual assault on this shooting that happened under the watch of 20 crew members, and on the shooting of Don’t Call Me A Dick. 

Then Rooster talks about a secret sign between us, which I would have deliberately ignored. Again, the images show the opposite.

Rooster then prefers to accuse me of ignoring a sign that they would have made, so that we stop the penetration during the scene. This secret sign never existed. Why would we have agreed to a sign, when we could just talk to each other, as we did all the rest of the shooting?

The Porn Architecture rushes are in my possession, and they show the scene in its entirety, without any cut, from the beginning to the end of the penetration. (I will only share the password on demand). The pictures once again contradict Rooster’s accusations. No cryptic sign is exchanged, we are connected at all times though looks and touching. We talk, we laugh, we look at each other. The moment Rooster wishes to change position, we change position. The end of the penetration scene is also clearly visible in the making-of.

Moreover, Rooster, interviewed after the scene, talks happily about the the freedom that was granted to us on set. They says in this same making-of:

“I really love that she (Erika Lust) was OK with a lot of freedom, to do whatever we wanted.”

(Rooster in the making of)

Rooster misuses a letter I sent them about Don’t Call Me A Dick.

As a last resort, Rooster publishes a letter of formal notice that I sent them at the beginning of their harassment campaign against me, when their allegations still related to the movie Don’t Call Me A Dick. My lawyer reiterated in this notice the boundaries that Rooster had told me about for this film, in which they performed with Heidi Switch. Here is an extract from the letter.

“(Olympe de G.) invited you to appear in a film she was making entitled Don’t Call Me a Dick. You did so appear. When invited to appear you told (Olympe de G.) you were not willing to have oral sex performed on you, nor to be penetrated in a ’doggy style’ position. You did not set any other sexual boundaries. (Olympe de G.) respected your stipulations about oral sex and doggy style anal sex. “

In the pegging scene of Architecture Porn, Rooster lays on his stomach. When Rooster and I had both talked about our boundaries in France, before the filming of Architecture Porn, Rooster told me that doggy style was a position that they only practiced if they felt intimate with someone. Rooster had then proposed, that same evening, to practice doggy style with them, saying that with me, they felt it would be OK. That night, I preferred that we do not practice it.

Our sexual boundaries depend on the context in which we have sex, and on the partners we have sex with. Rooster did not want to be penetrated doggy style on a shooting with Heidi Switch, who they did not know. This boundary has of course been respected. On the other hand, Rooster was keen on practicing doggy style together with me, two months after we met.

This is what the Architecture Porn’s uncut rushes show. Rooster initiates themself the doggy style position on set (at 26’25’’):

” Rooster: – Do you wanna do doggy?
Olympe: – Do I wanna do doggy? As you want, do you like it?
Rooster: – Yeah
Olympe: – What do you prefer? I think you prefer on your back, no? So let’s do it on your back?
Rooster: – Doggy is also good.”

(Rooster during the shoot of Architecture Porn)

This talk about the sex scene, on top of being recorded, had many witnesses: Erika and her main crew. Even a talent manager was present to make sure that we, as performers, felt good and were heard.

Why I find deeply revolting the way Rooster instrumentalizes #MeToo

If Rooster’s rape claim has really been filed, I will not hesitate to file a claim for slanderous denunciation.

Beyond the nightmare that Rooster made me live these past 17 months – I have already expressed myself on the psychological consequences of his campaign of harassment – I am deeply shocked by the way Rooster misuses the #MeToo movement to satisfy his desires for personal revenge. 

Women have been fighting for years for victims of sexual assault to be heard, without being systematically discredited. This new, fragile context, which helps freeing a speech as sincere as it is painful, is based on the fact that the testimonies of victims are accepted without questioning. #MeToo is to believe without hesitation a person who expresses their pain of being assaulted. It is a useful and positive step when the victims are motivated by nothing but a thirst for justice. 

I participated in the #MeToo movement in the fall of 2017, speaking on social networks for the first time of sexual assault that happened to me when I was between 11 and my 21 yo. I understand the feeling of injustice, and the need to be heard. #MeToo has been an important moment in my life. On the other hand, that this dynamic turns against me, I did not see it coming. For me, the backlash has been almost instantaneous.

When Rooster used the hashtags #MeToo, #TimesUp, it was to propagate opportunistically some terrible lies. They used MeToo for personal revenge against me. Associated with the hashtag #MeToo, their testimonials have not been questioned, they have been welcomed with sympathy. Rooster has been publicly thanked by festivals for their bravery, and has been invited to participate in roundtables to talk about their experience, to raise awareness about porn performer’s safety on porn shootings. 

Such a cynicism is appalling. #MeToo is not an instrument of revenge, #MeToo is not made to manage a feeling of rejection, frustration, paranoia. #MeToo is not a weapon that someone can turn against a woman who did not want them. Using #MeToo to harm someone is deeply dishonest, it’s opportunistic, and it’s the worst one can do to victims who are fighting for their speech to be not questioned, doubted. 

When a liar takes advantage of #MeToo, and makes false accusations of rape or sexual assault to harm someone, it gives water to the mills of all those who put in doubt the voice of the victims. The very existence of this opportunist speech weakens the word of the real victims. And that is revolting. Stop it.

☛ September 2019, Rooster is indicted for defamation.

Rooster has been indicted for public defamation at the Justice Court in France, for their posts on Medium.

A few days after they was heard by the judge in Paris, they posts videos encouraging cyber harassment against me on Instagram and YouTube…

“If people wanna call out Olympe or call in Olympe – especially if you’re French – please do it! Don’t keep on like putting you know … Use your privilege and do it! (…) She can not sue us all”

(Rooster on social networks)

Still, this indictment is good news. And here is a useful information, if you happen to be the target of online harassment in France. Cyber harassment raids are punished since August 2018 by Loi Schiappa, a law that punishes more seriously sexual and sexist violences, including those that are committed online.

☛ September 2020, Rooster’s claim for rape is closed by Paris prosecutor.

I am heard by the judicial police in February 2020 about the rape claim that Rooster actually filed. As a result, my claim for harassment and invasion of privacy is put on hold, and lands on the desk of the same brigadier.

The brigadier, after hearing me and watching the rushes of Porn Architecture, is very reassuring. He explains:

“The “rape” procedure is transmitted for appreciation (which means, at 95%, that it will be closed after the magistrate’s reading). She also asks me to transmit the complaint for invasion of privacy to her, to perhaps direct this procedure to another police department”.

During the confinement, Rooster’s attacks continue and gangrene my direct entourage in France. My anxiety became disabling and I was placed on sick leave in mid-June. The sick leave is extended month after month throughout the summer, and continues into the fall. I rest and try to regain strength.

At the beginning of September, I learn through the police that the claim for rape of Rooster has been closed. And that they are taking my claim for harassment and invasion of privacy in hand.

At last.

☛☛☛ TLDR?

After being romantically rejected, the porn actor Rooster makes a series of spiraling and conflicting accusations against their ex lover, the porn director Olympe de G. Rooster accuses her of sexual assault, then rape, on social medias. She shares in all transparence the making-of and uncut images of the film. And files a claim for harassement. Rooster is indicted for defamation in France, and their claim for rape has been closed by Paris prosecutor. Police is currently investigating Olympe de G.’s claim for harassment against Rooster.

À film alternatif, critique alternative !

J’ai demandé à des personnes engagées dans le féminisme et la sexualité de faire la critique d’Une dernière fois. Voici quelques uns de leurs retours :

« Ce film est un cadeau.

Multidimensionnel, sincère, sans filtre, où la frontière entre le jeu et le réel m’est restée tout du long inaccessible.

J’ai l’habitude de me toucher devant du porno, et avec “ma dernière fois”, c’est le porno qui m’a touché.

J’ai aimé la façon dont était filmé.e.s les êtres : j’ai aimé comme les génitaux étaient présentés à valeur égale aux autres parties du corps. 

Et c’était excitant. De parfois sentir de la chaleur face à un cou, à des cheveux, à des ongles à des mouvements. Tout cela, porté par une musique à l’intensité parfaite pour rendre le tout…symphonique.

J’ai aimé la façon dont la lumière était placée : sur l’humanité des personnages. Leurs caractères, leurs réactions, leurs visages, leurs communications.

Un voyage où je me suis laissé porter. Quelque chose de sincère. De réel. Qui donne envie de faire l’amour.

J’ai ri aux éclats parfois, puis j’ai eu les larmes aux yeux, et j’ai même pleuré.

Ce film est une trace de vie, qui s’est apposée doucement sur la mienne. Comme un partage, une caresse qui se fait par l’art et l’oeuvre, et qui m’a laissé sur un sentiment de gratitude.

Alors merci. C’était très beau. »

@o.s.m.o.s.e de @tds_vs_grindrr (handle Instagram)

« Mais quel beau film ! J’ai versé ma petite larme mais pas de tristesse, j’ai été émue par la beauté des moments. Salomé est maîtresse de son désir et nous rappelle que le sexe peut être varié mais surtout qu’il peut et doit être beau. En plus il y a une diversité dans les acteurs, presque chacun peut s’identifier à un personnage ou à un fantasme. »

@vismaviedetds (handle Instagram)

« D’abord une impression générale de douceur. Le visionnage m’a fait l’effet d’une bulle de coton. C’est un film d’une extrême bienveillance. C’est aussi un film qui cherche la vérité, philosophique et naturaliste. Il questionne le désir, les normes, évoque le choix ou le non-choix de maternité, ce qui fait une vie réussie. Et une vie réussie c’est une vie où l’on choisit. Même le moment de sa propre mort. Toujours avoir la pleine conscience des choses, rester la maîtresse de sa vie, d’un bout à l’autre. Brigitte Lahaie est iconique dans ce rôle, vulnérable et puissante à la fois. Elle accompagne des scènes de sexe qui montent crescendo avec chaque nouvel amant ou amante, en douceur encore une fois. Des scènes qui ne finissent pas toujours sur un orgasme, proches de la “vraie vie” : l’objectif qui se décale, le grain de la peau au bord des yeux, des angles à contre-courant du porno mainstream. Une Dernière fois c’est 1h10 de beau sexe, de légèreté, de sensualité, de délicatesse. Une Dernière fois, en somme, c’est 1h10 de vie. »

@IllanaWeizman (handle Instagram)

«  Salut Olympe ! J’ai vu le film et j’ai vraiment aimé. Surtout la manière dont il a été écrit. C’est vraiment beau ce concept de la dernière fois et je trouve ça tellement original pour un porno. Au final c’est le personnage qui filme, et sa voix, qui m’ont le plus marqué (avec la magnifique scène où elle est filmée floue). Bien sûr le perso de Brigitte Lahaie enfin Salomé est au cœur de l’histoire mais j’ai été gêné par son jeu j’ai trouvé qu’elle récitait beaucoup et ça donnait mal, et au final par ses réflexions à celle qui filme, elle attire vraiment l’attention sur cette personne. En tout cas je trouve le concept vraiment fort et la durée est frustrante je voulais suive Salomé encore plus longtemps ! Et je le redis l’écriture est vraiment belle c’était comme mater un Desplechin mais en gonzo porn ! »

@violenteviande (handle Instagram) 

« Franchement, c’était dingue, car j’ai été chamboulé sur mes perceptions.

En voyant le trailer, j’avais tout de suite des à prioris sur la capacité de ce film à m’exciter. Ce qui est, oui, ce que j’attends d’un porno, éthique, féministe ou pas. Et… au bout de 2 minutes 30, mon ventre se retourne déjà à la première pression de son doigt sur son clitoris, qu’on ne voit même pas. La pudeur de la réalisation de cette scène, mêlée à sa liberté en même temps, fiou.

Ensuite, je suis troublé : est-ce une fiction, est-ce scénarisé ? La frontière est ténue, je n’arrive pas à décider.

Ces corps nus que je n’ai pas l’habitude de voir : leur âge, leur corpulence, leur handicap, ils arrivent à me mouvoir. Parce que c’est intime, parce que j’y crois, parce que c’est vrai alors que ça ne l’est pas.

Je suis triste des cassures de rythmes dans cette scène entre eux deux, au début.

La tension monte quand elle se touche et qu’il l’accompagne, puis redescend d’un coup sur le léchage de pied. (Ok, je découvre ensuite que tu l’amènes exprès pour son coup de “à chaque fois les femmes aiment”, j’écris en regardant, tu me pardonneras.)

Et là, Arsène arrive et je me dis, comme ce que j’aime à faire dans les films (pas porno, en général) : est-ce qu’Olympe va me faire défiler 12 mecs qui sont autant de figures des problèmes structurels des hommes non déconstruits dans le sexe ? J’ai hâte de savoir.

Puis là je me rends compte que j’ai tort. Que non, tu n’as pas sorti tes gros sabots. Et tant mieux.

Tu vas l’accompagner dans ses dernières fois, et j’ai envie de continuer, de les vivre avec elle. Que j’y croie, à ce do-cul-mentaire.

L’intimité de la scène de couple, je n’avais jamais vu ça… J’en suis même venu à douter de leur couple dans la vraie vie, même si je ne pense pas (et pour être tout à fait honnête, pour une seule raison, un baiser que j’ai senti réfréné à une micro-seconde dans la scène, les rendant étrangers d’un coup). La beauté des topshots et de leurs corps entremêlés blancs et noirs, wow. Dans cette scène, je suis un peu triste de la perdre, Salomé. Elle est en second plan, son plaisir aussi, et c’est elle à qui je suis le plus attaché.

Je viens de finir, excité par le squirt, mais un peu triste pour Salomé. A-t-elle vraiment vécu sa dernière fois ? N’a-t-elle pas seulement partagé les fois d’autres personnes ? Oui, elle le dit à la fin, et c’est beau que sa dernière soit une première, mais j’avais envie de la voir jouir, décoller, vivre, un peu plus peut-être.

Puis pour t’ouvrir mes pensées :

Tous ces plans sur les visages, mains, et surtout bites des mecs, un peu en female gaze, c’était superbe.

Le plan de la main d’Arsène à travers son pantalon quand il la lèche.

Le plan de masturbation du couple au sol.

Le plan de l’homme de fin, quand il a son sexe presque dans la caméra.

Enfin, j’attends d’un porno qu’il m’excite assez pour avoir envie de me masturber, d’être avec elleux. Ça n’a pas été le cas ici, les moments qui ont chatouillé l’arrière de mon crâne et de mon ventre n’ont pas su, pour moi, monter en tension assez fortement pour le déclencher. Soit dans le plaisir trop succinct, soit dans la durée des plans, je ne saurai pas te dire mieux pourquoi. »

@Aneqdotes (handle Instagram)

“C’est pas facile de filmer la réalité, ça peut paraitre moche et inintéressant, mais là c’était juste beau et émouvant.” 

“Je veux pas spoiler, mais Sandra n’a pas qu’une voix sexy.”

“C’est ça qu’on veut ! Des vrais corps, des chattes poilues, le bruit de la mouille et des mecs qui mettent des capotes !”

“J’aurais kiffé voir plus de techniques en gros plan. Le cunnilingus avait l’air si beau.”

@Jouissance.club (handle Instagram)

« C’est un film qu’on a vécu entre le documentaire et un film de cul. Disons qu’il nous a fait réfléchir sur ce qu’est le porno, et cette prise de recul est à la fois intrigante et inattendue. On a été très agréablement touché par la diversité des corps, la diversité des pratiques, des identités et des sexualités. On parle de plaisir, et ce plaisir, dans “Une dernière fois”, n’a ni tabous ni frontières. 

On se souviendra des belles images et des plans qu’on a pas l’habitude de voir dans la porno mainstream: des gros plans sur les pores de la peau, des flous, des poils, le bruit des fluides ! Et enfin des vulves au centre de l’image, avec des cunnis qui durent ! On en oublie presque la musique parfois trop présente en fond de certaines scènes, le silence des respirations a tout autant à dire. 

Ce qui a été pour nous le véritable coup de force de ce film, c’est que le thème, sans vous spoiler, est l’âge. Pourtant, il n’y a aucune barrières d’âge dans les relations sexuelles et les attirances des un.e.s envers les autres, quand bien même c’est un sujet récurrent entre les différents personnages. 

Quand on visionnait le film, je me souviens avoir demandé à ma partenaire: t’as envie de te toucher toi ? A cette question, je l’entends me répondre qu’elle est excitée intellectuellement. Oui, que ça titillait son intellect, et qu’elle y repenserai avec de l’excitation physique probablement plus tard, après l’avoir digéré. C’est que ce film chamboule les repères de ce qu’on est habitué.e.s à voir. On ne veut pas en perdre une miette. Elle continue en me disant que lorsqu’elle regarde du porno mainstream, elle essaie d’oublier la mise en scène, le jeu pathétique des acteur.ice.s, le fait que ça ne lui ressemble pas, et prendre uniquement ce qu’elle a à prendre pour se donner du plaisir. Là, elle est submergée et interloquée, elle est intéressée et regarde les images “pour de vrai”. 

C’est de cette manière que je décrirais l’émotion qui a circulé en nous tout au long du film. On devient beaucoup plus sensible à ce qui s’y passe, au scénario, de sorte qu’on ressente aussi des émotions à la fin du film, comme un dénouement qui va au-delà du sexe. C’est en véritable qualité de film, avant d’être un film porno, que l’on a vu “Une dernière fois”. 

Pour nous une dernière note, puisqu’on ne peut passer à côté d’une critique de la scène de sexe entre Sandra et Salomé: génial ! On sort vraiment des scripts lesbiens mainstream. Il y a beaucoup de caresses, et c’est vrai de manière général dans le film. On aime  qu’elles puissent dire “on a fait l’amour”, alors qu’elles ne se sont quasiment pas masturbées mutuellement. Merci de nous faire nous poser cette question qu’on oublie trop souvent: avec qui ai-je “fait l’amour” ? Et d’ailleurs, c’est quoi faire l’amour ? Merci ! 

TW: attendez-vous à voir des gros pénis en gros plans, avec le prépuce tout ça, on était pas prêtes ! 

@sapphosutra (handle Instagram)

Le retour de Desculottées est sur son site :

« J’ai eu la chance de pouvoir regarder « une dernière fois » le film de Olympe de G avec la participation de Brigitte Lahaie en avant-première. « Une dernière fois » offre un accueil chaleureux dans la réalité touchante de Salomé qui aime sa vie et qui aime l’idée de la finir en beauté. L’intimité change alors de définition : on a trop souvent réduit celui-ci à ce qui se passait sous la couette… pourtant là, c’est bien au-delà des corps et de la nudité, on en voit bien plus. Tout au long du film, doucement et avec bienveillance, la caméra de Sandra déshabille Salomé même quand elle ne porte pas de vêtements. Ce qui est appréciable aussi, c’est de voir un film qui met en scène la vie sexuelle d’une femme de plus de 50 ans sans la présenter comme une « cougar » ou une « assoiffée de sexe » … juste une femme comme une autre. La beauté se trouve dans les détails pourtant devenus invisible dans notre vie : les silences, les gestes maladroits, les grimaces, les caresses, la sueur, les regards, les rides, les cheveux en pagaille etc… finalement, c’est ce qui fait tout le charme de notre animalité.

Le sexe c’est une question de goût, certes nous n’avons pas tous les mêmes fantasmes et les mêmes exigences et c’est d’ailleurs bien ce que l’on comprend avec les différents partenaires de Salomé. Pour conclure, « une dernière fois » filme la tranche de vie d’une femme qui s’explore sexuellement. »

@lecul_nu (handle Instagram)

« C’est mon premier porno féministe donc je ne peux pas comparer, en tout cas ce qu’il y a d’excitant dans « Une dernière fois » c’est la présence du consentement, tout le temps, les partenaires se parlent et demandent, avant l’acte, pendant, après. Elles et ils osent dire ce qu’elles et ils aiment ou n’aiment pas. Et puis, voilà des personnes qui n’ont pas de corps olympiques, voilà une réflexion sur le regard porté par celle qui tient la caméra. En somme, de la pensée, de la parole et de la baise, on aimerait voir ça plus souvent. »

@mrtnpage (handle Instagram)

« Une dernière fois est un film que j’avais à la fois hâte et peur de découvrir. J’envisageais ce film comme un tournant du cinéma pornographique et j’avais peur d’être déçue. Tout de suite, la façon dont le thème principal a été abordé m’a émue. Salomé, une femme de 69 ans (personnage interprété avec brio par Brigitte Lahaie, aussi touchante que sublime dans ce film) décide de prendre le contrôle de sa vie en choisissant sa mort (par euthanasie en Suisse), et en planifiant sa dernière fois. Elle passe une annonce dans le journal pour trouver son partenaire idéal pour ce moment tellement important. Cette recherche est documentée par une jeune femme (la divine Heidi Switch, bouleversante), qui s’interroge à la fois sur le choix de Salomé et la questionne sur ses désirs, ses peurs, ses incertitudes – qui la renvoient à ses propres questionnements. 

Bien au-delà d’un film pornographique comme on les imagine aujourd’hui, “Une dernière fois” est un film d’amour, d’amour de l’autre, d’amour des autres. C’est une ode à la vie, à la joie, à la tendresse. Le sexe n’est pas traité comme un automatisme, mais comme une mélodie dont les notes varient de l’un à l’autre. Plusieurs types de sexualités sont envisagés, les corps sont multiples et les anatomies variées. Ce film inclusif met en lumière la pluralité des relations sexuelles. Le consentement, le respect de l’autre et la douceur sont mis en valeur avec subtilité et intelligence, évitant ainsi l’écueil du film moralisateur. 

Qu’il est rafraîchissant aujourd’hui de voir naître de telles merveilles d’intelligence, de douceur et de bienveillance dans le monde de la pornographie. La sexualité n’est pas un fin en soi, comme le dit le personnage de Salomé “le but c’est de se sentir vivant”. Ce film aide aussi à se sentir vivant. Ce n’est pas juste un film de sexe que l’on regarde sans émotion. Ici, l’émotion est presque tangible. Les personnages sont touchants dans leurs contradictions et dans leur vulnérabilité. Cette humanité des personnages est renforcée par une sublime photographie et une très belle bande son. Le corps est ici une oeuvre d’art dans sa simplicité, sans artifices.

Un vrai bijou, un film d’utilité publique. »

@capucinedechocqueuse (handle Instagram)

« Un film humain, un porno sentimental et alternatif différent, où l’on voit une femme choisir la vie qu’elle a envie de mener, et où, pleine de pudeur, elle se livre à nous, nous faisant nous questionner sur notre manière d’appréhender le sexe en général et le porno en particulier.

L’érotisme est omniprésent et permet de montrer la beauté d’une femme qui assume ses désirs et de démanteler les clichés qui font barrière à notre combat d’aujourd’hui.

Pleine de douceur, tu nous montres qu’il n’y a pas un féminisme, comme il n’y a pas une façon de montrer le sexe à l’écran. »

@mydearvagina (handle Instagram)

« Un “do-cul” fiction bourré d’humanité. 

Ce documentaire nous immerge dans l’intime, dans tous les sens du terme. 

C’est la première fois que nous voyons un long métrage de ce type. D’abord interloqué.e.s, nous avons rapidement plongé dans l’histoire sans nous en rendre compte.  

Une superbe diversité des corps et identités. 

Brigitte Lahaie toujours touchante et sublime.

Un scénario engagé qui nous a beaucoup touché, tant par l’approche philosophique que par la justesse de la mise en scène, caméra à la main, voix de la réalisatrice fictive dans le creu de l’oreille.

La mise en abîme et les outils de captation passant d’un personnage à l’autre et parfois même en vue subjective, nous glissent du rôle de spectateur.rice à acteur.rice et vice-versa. La temporalité réelle des coulisses du tournage nous rend complices et nous partageons l’attente de Salomé, amplifiant l’attachement et la tension sexuelle. Un jeu de rôles habile où tous les acteur.rice.s sont important.e.s, y compris nous.

On discute ici du “sentiment d’être vivant.e” que la sexualité procure pour questionner, en miroir, la fin de vie. Un essai pornographique surprenant sur lequel nous n’aurions peut-être pas misé de prime abord mais qui nous a pris de court et fait vibrer.

On mouille et bande enfin devant la “vraie réalité”, les bruits, les déconvenues, les peaux abîmées, les traces de corps qui vivent, tout en se laissant séduire par l’histoire de Salomé. 

Merci pour l’absence de fellation!

Merci de l’attention portée en particulier sur les corps des personnages féminins. 

Merci pour tous ces cunilingus ainsi que tous ces plans serrés sur les caresses et les doigtages! 

Merci de montrer un rapport sexuel où les corps ne matchent pas quand JB n’arrive pas à donner du plaisir à Salomé. Le cul, ça ne fonctionne pas toujours!

Merci de ne pas avoir réduit la sexualité aux pénis et pénétrations pénis/vagin qu’on ne voit d’ailleurs pas avant 30 minutes!

Merci de ne pas avoir montré de sperme!

Merci pour ce look queer as fuck de Mickaël!

Un immense merci au soin apporté à tous ces détails qui rivalisent sans conteste le porno mainstream et nous font un bien fou. QUEL BONHEUR!

Merci pour les notions féministes qui s’accumulent tout au long du film et démarrent dès les premières scènes. Consentement, remise en question du cliché clitoridienne/vaginale, règles, préservatif systématique (Le Planning Familial applaudit mais se questionne sur la méthode de pose), choix d’enfanter ou non, une longue liste amenée de façon légère et naturelle qui nous rappelle que le cul fait dans le respect de toustes est une valeur fondamentale.

Un film qui souligne que l’intime est politique.

UN GRAND BRAVO!

Parce qu’il faut bien échanger sur les couacs, voici les quelques points que nous avons notés.

Le démarrage du film se fait avec une caméra et une photographie un peu brusque et brute mais qu’on finit par oublier au cours du visionnage.

Lors d’un dialogue entre Salomé et Sandra, la testostérone est liée à un pénis, hors les deux ne sont pas forcément liés. Nous pensons ici à nos adelphes trans et intersexes.

Nous avons beaucoup confronté nos ressentis face à la rencontre de Salomé avec le couple.

Tout d’abord, nous aurions aimé que l’acteur choisi pour la scène avec le couple ai un pénis de taille standard pour continuer de dénoter des habituels porno qui véhiculent ce cliché et hypersexualisent les hommes noirs.

Aussi, si l’enjeu de cette séquence est d’aborder le voyeurisme, nous sommes passé.es à côté et nous attendions à une interaction, même rapide comme un échange de regard. Sans ça, cette scène donne l’impression que la dernière fois de Salomé ne pourrait se faire que par procuration alors qu’on comprend que Salomé veut être actrice de sa dernière fois et non passive, cette scène dénote des autres. 

Pour finir, nous trouvons dommage que la dernière séquence ne soit pas filmée un peu plus crûment, ne serait-ce qu’au début pour représenter au mieux la pluralité du sexe entre femmes. En effet, nous sommes toustes au courant de la représentation bien trop douce de ces rapports et aimerions briser une bonne fois pour toutes ce cliché. 

ON VEUT DU SEXE BRUTAL ENTRE FEMMES!

Pour aller jusqu’au bout de notre réflexion, nous avons trouvé dommage que contrairement à l’excitation des personnages masculins, celle des personnages féminins ne soit pas explicite avant “l’apothéose fontanesque”. Où est la cyprine ? 

Pour conclure, nous trouvons que la phrase dite par Salomé “Je pense qu’on peut filmer du sexe sans filmer mon sexe” donne une direction pour toute une nouvelle génération de réalisateur.rice.s de films érotiques et pornographiques. 

Merci à toute l’équipe du film et tout particulièrement Olympe de G d’en être les figures de proue et de nous avoir fait partager cette aventure peu commune. »

@payetabi (handle Instagram)

« J’ai cherché la définition de la pornographie. Porno vient du grec pórné (prostituée) qui vient lui-même du latin prostituere (vendre, se vendre) et gráphô (écrire).

Ça m’a parlé et ça ne m’a pas parlé quand j’ai vu ton film. Si la pornographie est le média privilégié de nos transgressions, de nos fantasmes et de la censure dévoilée, alors je trouve que ton film en est un digne représentant. Ce n’est pas un film de cul, ni sur le cul, mais bien sur l’existence humaine et les angoisses et questionnements qu’elle génère chez chacun de nous. 

Regarder un film pornographique c’est forcément adopter une posture de voyeurisme, être le témoin anonyme et invisible de la sexualité des autres. Cette posture, tu l’as poussée à son paroxysme. Avec cette idée de la dernière fois avant la fin, tu dis un message fort : on ne peut pas se souvenir de la dernière fois qui précède la mort. Et pourtant le sacré d’une dernière fois, comme le sacré d’une première fois, est honorée et célébrée dans ton film. Cela nous parle de dépasser l’oubli et l’éphémère pour vivre ce qu’il y a d’encore présent. Et pourtant c’est bien de faire l’amour avec la mort assurée dont ton film parle. La mort comme un choix de vie. Comme c’est paradoxal et intriguant. Salomé, la mort en devenir, et ses potentiels amants et amantes dans leur quête de transgresser la mort, la vieillesse, le temps. D’ailleurs au départ j’étais déçu du choix des profils très clichés : l’handicapé (ou notre rapport entre l’impuissance et la toute puissance), le couple (ou notre féminin et notre masculin), la garçon manqué en lesbienne absente (ou la question du genre), le jeune romantique (ou le bon fils dédié au plaisir de maman), l’homosexuel refoulé (en chacun de nous), la grosse d’une grande sensualité (ou la question de l’esthétique et de la dictature de la beauté codifiée), et bien sûr la femme d’âge mûr (ou notre rapport à la mort). J’ai hésité à utiliser ces termes forts pour identifier les personnages. Et puis je me suis dit que si je faisais du politiquement correct, ça cacherait justement un malaise et de la discrimination ordinaire. Mais derrière les archétypes que tu as choisis, le message est clair : face à la mort, tout le monde y passe. Alors je me suis ravisé sur les clichés, car ça m’a amené à réfléchir plus loin. 

Et puis il y a cette pudeur et cette fragilité. La mort qui ne supporte pas de voir son sexe, comme le refus de revenir à la case départ, son origine du monde à elle aussi. La mort n’étant pas l’opposé de la vie comme beaucoup le croient mais bien l’opposé de la naissance. L’impuissance de l’handicapé à faire éjaculer Salomé, car on ne séduit pas la mort avec une fontaine de jouvence. La beauté d’Adam et Ève et la naissance du monde, à laquelle la mort ne peut participer et est mise à l’écart, la pudeur du bon fils qui reste habillé et que Salomé remercie pour sa petite mort, le quarantenaire dévergondée qui jouit dans sa vulnérabilité, et Sandra qui finit dans les draps de Salomé.

La mort ne m’a pas excité, mais quelque part je suis rassuré 😉 »

@angelo_foley (handle Instagram)

Faire l’amour. Ou pas.

Les corps abstinents d’Emmanuelle Richard chez Flammarion

Merci à Emmanuelle Richard de donner de la visibilité à celles et ceux qui n’ont pas l’envie, la nécessité ou la possibilité d’avoir une pratique sexuelle partagée et régulière, que ce soit pour un temps seulement, ou que ce soit l’histoire de leur vie. Je fais partie des personnes qui sont abstinentes par phases, que je sois célibataire ou pas, et analyser les injonctions à une sexualité performante, fréquente, incessante… ça fait un bien fou. Une sexualité épanouie, ça peut aussi être juste avec soi-même. Une sexualité épanouie, c’est avant tout savoir s’écouter.

Le féminisme : partir de soi, aller vers les autres.

Collages du collectif LA FRONDE

L’élan féministe est venu pour ma part d’une colère très intime. Je crois que c’est souvent un déclic très personnel, non ? On est confronté.e à une, des injustices, on ouvre les yeux, on s’intéresse, on lit, on en parle, la révolte gronde en nous, on a envie de faire quelque chose, de changer les choses. Que l’origine de notre féminisme vienne de notre expérience, de notre histoire personnelle, fait que notre démarche est sincère, et ça, c’est précieux et essentiel. Mais c’est limitant aussi. On ne peut pas analyser et critiquer un système social à l’aune de sa propre expérience uniquement. Le féminisme se cultive, s’enrichit. Il nous faut ouvrir nos horizons féministes à ceux des autres fXmmes, prendre connaissance de leurs histoires et de leurs démarches. C’est en écoutant les histoires des autres, en apprenant, en incluant, qu’on fait grandir notre féminisme, qu’on le renforce, et qu’il devient une façon formidable de nous ouvrir au monde. 
Un mouvement de pensée fécond ne rétrécit pas nos horizons, il ne crée pas de huis clos intellectuel. Il agrandit notre univers, encore et encore.