Connais-toi toi-même

J’ai a-do-ré « Connais-toi toi-même » de Clarence Edgar Rosa illustré par Suzie Q ! J’y ai appris plein de choses, notamment l’existence d’un mouvement d’auto-exploration de l’anatomie féminine, le « self help », né dans les années 70 à LA, et dont ce manuel reprend le principe aujourd’hui… mais aussi qu’un col de l’utérus ressemble à un donut ou au gland d’un pénis vu d’en haut, ou bien l’origine (à chérir) du mot cyprine… bref, je vais aller m’acheter un spéculum. Merci de nous faire regarder à l’intérieur de nous ! @lamusardine.editions

Carrie Fischer

« Elle est tapée dis donc », « quelle vieille peau celle-là », « et elle en est à combien de liftings ? » … Qu’on fasse tout pour effacer les traces du temps, ou qu’on laisse passer les années sans toucher à rien, de toute façons quand on est une femme, on vieillit sous les regards acerbes. C’est une faute de goût de continuer à exister à l’âge des rides et des cheveux gris. Lâchez-nous. Laissez-nous nous fripper tranquillement et regardez-nous prendre de l’âge avec autant de tendresse que vous regardez vieillir les arbres, le vin. Ou les hommes, tiens.

Martin Page

J’ai envie de partager avec vous quelques extraits de ce live de Martin Page que je vous recommande chaudement : au-delà de la pénétration. C’est un manifeste pour une sexualité VRAIMENT libérée :

👉 débarrassée de toute injonction (il faudrait un pénis dans un vagin sinon on a pas vraiment baisé, il faudrait sucer, et avaler, sinon on est du siècle dernier)

👉 refusant toute course à la performance (t’as déjà fait un plan à 4 ? Tu maîtrises ton réflexe nauséeux pour faire des gorges profondes ? Non, et alors…)

👉 qui n’est plus conditionnée par ces sentiments de honte ou de victoire que l’on peut ressentir en se comparant à ce que est perçu comme norme (tu baises combien de fois par mois toi ? Bah, zéro. Ou alors : bah, 200).

Ce qui m’a touchée particulièrement dans cet essai, c’est qu’au-delà d’une sexualité sans pénétration, il revendique aussi la possibilité d’assumer sa non envie (ou sa non capacité) à jouir. À baiser. Et ça, je trouve ça profondément libérateur, et j’aimerais vraiment qu’on en parle plus (y compris dans le porno !). J’ai moi-même déjà passé des mois et des mois à ne ressentir aucune, mais alors AUCUNE envie de sexe, que je sois seule ou en couple. Et il m’était difficile de ne pas me sentir en faute, dysfonctionnelle, de ne pas en avoir honte. Parlons de sexe, c’est important. Parlons aussi de non-sexe, ça l’est tout autant !

Betty Dodson

C’est le dernier jour du masturbation month. En guise de cérémonie de clôture j’ai envie de vous parler de Betty Dodson, 89 ans, féministe pro-sexe New-Yorkaise et éducatrice sexuelle toujours en activité. Depuis son divorce à la fin des années 60, elle a consacré sa vie à la connaissance de soi sexuelle, et à promotion de la masturbation auprès des femmes. Elle organisait, et je crois organise toujours, des groupes de « Bodysex », au cours desquels 10 à 15 femmes apprenaient à connaître leur sexe, et découvraient l’usage des vibromasseurs. Je vous recommande son best-seller: « Sex for one, the joy of self loving », et si vous préférez la voir en action, sa rencontre avec @karleyslutever ici : https://www.youtube.com/watch?v=FrXDIN48j54 Sur ce, happy self loving, joyeuse masturbation à tous.tes ce mois-ci, et pour toutes les mois à venir, jusqu’à 89 ans et au-delà ❤ 
Photo 1 by Jesper Haynes, photo 2 from Harvard University Schelsinger Library on the history of women in America 
#masturbation#selflove#bettydodson#sexpositive#masturbationmonthofmay

Catherine Robbe-Grillet

Connaissez-vous, Catherine Robbe-Grillet, aka Jeanne de Berg, 88 ans et maîtresse, que dis-je, artiste de cérémonie SM ? J’aime tellement l’entendre parler d’elle que je n’ai pas envie de vous en dire plus. Juste de vous conseiller son ouvrage Cérémonies de Femmes, et les 5 épisodes d’À voix nue, où elle se raconte. 
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/catherine-robbe-grillet-la-singuliere-15-croix-de-nacre-et-couronne-d-epines
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/catherine-robbe-grillet-la-singuliere-25-un-aspect-de-petite-fille-et-des
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/catherine-robbe-grillet-la-singuliere-35-une-femme-double-une-plume-au-service-du
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/catherine-robbe-grillet-la-singuliere-45-ceremonie-de-femmes
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/catherine-robbe-grillet-la-singuliere-55-maitresse-femme
Photo de #laurent troude @laurenttroude

Virginie Despentes

King king théorie est sans doute mon livre préféré. Je le relis régulièrement, j’en ai besoin, ça me fait du bien et ça me remet les idées en place quand je suis dans le doute. Dans cette interview pour Society, Virginie Despentes parle de #metoo. Elle dit des choses qui vont droit au cœur, avec ses mots cash, sur les injonctions que reçoivent les femmes au sujet de leur corps et de leur sexualité. Genre : “Alors tu n’as pas le droit de baiser parce que c’est un truc de salope, et de toute façon t’es une grosse vache qui pue.” C’est tellement efficace, et c’est exactement ça ! Mais elle instille aussi de la remise en question, et ça c’est précieux. Elle pose de façon complètement #anarchiste la question de la police et de la justice dans la gestion des crimes sexuels. J’ai été jury aux assises il y a des années, dans une affaire de viol justement , tout était d’une violence et d’une tristesse atterrantes, tout comme l’était la prison de la Santé, qu’on nous a fait visiter. Absurdité d’un système pénitentiaire qui ne recadre pas, qui n’éduque pas. Qui isole, puis relâche, sans que le problème de fond n’ait été abordé. Quel autre système est possible ? Je n’ai pas de réponse mais n’empêche que soulever cette question est courageux et profondément intéressant. Elle parle aussi du fait qu’avec #metoo on a découvert que “plein de jeunes femmes ne rigolent pas avec le sexe”. Elle dit juste ça comme ça en passant. Ça fait direct écho pour moi avec le fait que #metoo a vu se libérer la parole sur tous un spectre de violences sexuelles, allant de la remarque déplacée au viol. C’est sur les remarques déplacées que des hommes comme des femmes se sont pas mal exprimés, disant que ce n’était pas de la violence mais de la légèreté, du batifolage, revendiquant leur droit à importuner pour séduire ou bien à être importunées parce que ce serait flatteur. Mais comment les femmes pourraient-elles prendre des commentaires sur leur corps et leur sexualité avec plaisir et légèreté, alors qu’on nous explique que le sexe c’est grave, ça salit, c’est dangereux, que notre corps est impur, déclencheur de pulsions bestiales ? Sérieux : comment peut on rigoler avec le sexe, quand il est d’une part si souvent imposé… et d’autre part, qu’il est considéré comme honteux et méprisable de l’aimer sans réserve ? 

Bye Haters

Je travaille en ce moment sur le #cyberharcèlement, malveillance en ligne qui prend de multiples visages et qui atteint tout particulièrement les femmes. Amnesty a publié un rapport très complet sur le sujet en se concentrant sur Twitter : Toxic Twitter / As a company, Twitter is failing to respect women’s rights online. 👉🏼https://www.amnesty.org/en/latest/research/2018/03/online-violence-against-women-chapter-1/https://www.amnesty.org/en/latest/research/2018/03/online-violence-against-women-chapter-1/ Je dois dire que selon mon expérience Twitter est la plateforme qui me semble gérer le plus mal les propos violents, menaçants, extrémistes, calomnieux, injurieux, haineux. Ça ne fait que quelques semaines que je suis sur Instagram et malgré la censure qui m’agace fortement de par son absurdité et son caractère discriminatoire, j’y trouve quand même globalement les interactions plus nombreuses, positives et bienveillantes que sur Twitter. Partagez-vous mon sentiment ? Êtes-vous aussi sur Twitter et avez-vous parfois la même envie que moi de fermer votre compte et de dire « bye haters? » J’en profite pour signaler que ce petits chef-d’œuvre est le travail de David Marie @davidtherobot