Journal de grève J195

Du consentement : le vibro-gate

Avec ce chaud-froid d’homme rencontré en juillet, les choses se finissent en eau de boudin. 

Pendant nos vacances ensemble, je m’agace de le voir se réveiller avec son téléphone et s’endormir avec, alors que je suis nue dans son lit, et qu’il me connaît encore si peu. Mais c’est surtout son éloignement physique qui m’anxie. Je sais bien, en théorie, qu’il ne faut pas le prendre pour soi. Que la libido c’est fluctuant, que ça peut être très détaché du rapport que l’on a à l’autre. Mais là, cette interruption des rapports physiques quinze jours seulement après notre rencontre, c’est dur. Et surtout, ce n’est pas qu’un éloignement sexuel, mais aussi un éloignement sensuel : plus de baisers, plus d’empoignades de fesses, plus de main autour de la taille… À ce moment-là, je sors péniblement d’un épisode dépressif, je me remets cahin-caha d’une relation on/off de trois mois qui a été qualifiée de « semblant de chose » par le mec que je fréquentais… Dans ce contexte-là, je ne parviens pas à ne pas prendre pour moi l’éloignement physique de cet amant. 

Alors, j’essaie de générer une conversation avec lui. Puis une autre. Mais apparemment, je suis maladroite. Abrupte. J’explique que je vis mal l’absence de contact physique. Lui reçoit mon ressenti comme un reproche. Le résultat de ces conversations finit néanmoins par être productif. On décide de partir de cette maison, et de rentrer chez moi.

Le lendemain, je conduis toute l’après-midi et toute la nuit pour nous ramener en Bretagne. J’ai hyper envie qu’on ait un moment ensemble, dans un lit, avant qu’on ne se voie plus pendant 10 ou 15 jours. Ça me tient. Ça, et de la techno à tue-tête pendant qu’on bouffe des kilomètres. On arrive au petit matin. Je gambade dans le jardin, je suis ravie de retrouver mon chez moi, il fait beau, mes poules, mon chat vont bien. Le soir venu, on dîne au coin du feu, sous les arbres. La nuit tombe, après quelques marshmallows grillés on va se coucher. 

On se met au lit. Il lit un article sur son téléphone. Et il s’endort. 

J’essaie de le réveiller en l’embrassant, au sens premier du terme, en le prenant dans mes bras ; je passe ma main sur son visage, je dépose des baisers dans son cou, sur sa poitrine. Il ne réagit pas beaucoup. J’arrête. Je sens l’anxiété monter. Je prends un anxiolytique. J’attends que ça agisse. Je suis en plein exercice de cohérence cardiaque quand je l’entends ronfler légèrement, sereinement, sur le dos. Ça m’achève. Je me tourne, retourne, oui, parce que l’angoisse monte, que je respire mal, mais aussi, soyons cash, un peu dans l’espoir puéril de le réveiller… Ça ne marche pas. Je reste assise un moment dans le noir, puis j’ouvre le tiroir de ma table de nuit, je prends un vibro et je me lève. 

Je vais me branler dans le jardin !

Au moment où je sors de la chambre, mon vibro à la main, il se réveille et me demande, visiblement saoulé : « – Mais qu’est-ce qu’il se passe ? » Moi, je suis plantée à poil au milieu de la chambre, avec mon vibro à la main, et je lâche : « – Je sais pas quoi te dire ! J’en peux plus ! Je vais me branler dans le jardin ! » Il me regarde tout froncé plissé contrarié en se frottant le front : « – Hein ?? ». Je répète : « – Je sais pas quoi te dire de plus ! Je suis trempée ! Je vais me branler dans le jardin ! »

Je descends dans le salon. Je ne me branle pas, le cœur n’y est pas. J’attends un peu. J’ai de nouveau l’espoir puéril qu’il va me rejoindre pour qu’on parle. Non. Je respire, je remonte, je me colle contre lui. Zéro réaction. Froid intersidéral. Le lexo finit par faire son effet, je m’endors. 

Je me réveille en le sentant quitter le lit. Il sort de la chambre sans m’adresser un regard. Le reste de la matinée, je l’entends aller et venir dans la chambre adjacente, la salle de bain, le salon, faire sa vie. Je me lève, il fait en sorte de ne pas me croiser. Je suis chez moi et je ne sais pas où me mettre. J’attends de nouveau qu’il vienne me parler. Ça n’a pas lieu. Je dois l’emmener à la gare prendre son train. Vingt minutes avant, je vais le trouver, il lit sur la terrasse. Je lui ai demande si il veut qu’on parle. Et là…

Je m’en prends, mais PLEIN LA GUEULE. Il attaque avec ce mot dégueulasse, qui sent les tréfonds de Twitter : je suis « problématique ». Ce qu’il s’est passé hier soir, « pour une meuf qui réfléchit au consentement, c’est quand même un comble ». Je suis allée jusqu’à « essayer de le retourner dans le lit » (quand je l’ai embrassé). Mon comportement exerce une pression, si j’avais « été un homme » et lui « une femme », mes actes auraient été « impardonnables ». 

Le « problématique » m’a foutu un coup de poing dans le bide. J’encaisse, j’ai à cœur de bien réagir, j’essaie de comprendre. Je commence par le plus lourd, le fait que j’ai « essayé de le retourner dans le lit ».  On a déjà rigolé plusieurs fois du fait que je le manipule un peu comme une marionnette pendant le sexe, à poser sa main sur des endroits de mon corps, à bouger son torse pour trouver un angle. C’était un sujet de plaisanterie et certainement pas un turn off. Mais tout peut changer si vite. Je lui demande de but en blanc si il s’est senti physiquement agressé, hier soir. Non. Ouf. Mais il trouve que dire « j’en peux plus » comme je l’ai fait, c’est une forme de reproche violent, pressurisant. 

J’entends. 

Je m’excuse. 

Je pleure. 

De la violence

Il continue dans le champ lexical du « problématique », du « consentement », de la « violence », ça sort ça sort ça sort, c’est plein de colère, ça s’arrête plus, et mon écoute semble alimenter ce flux de rancœur plutôt que de l’apaiser. Alors au bout d’un moment, je lui demande de ne plus trop m’accabler si c’est ok, parce que je sens que je ne peux plus gérer, les termes qu’il emploie me refoutent en plein dans les accusations de R. En plus il connaît le dossier R., la première fois qu’on s’est parlé au téléphone, il a vraiment insisté pour que que j’aborde le sujet. 

De toute façon, c’est l’heure que je le raccompagne à la gare. Je conduis les yeux pleins de larmes et la morve au nez. On se quitte là-dessus. Je lui écris un long message d’excuses.

Je me sens vraiment, vraiment merdique. 

Je reste au lit un jour et demi, les yeux fermés. Je suis KO. 

J’ai pas vraiment de morale à cette histoire. Si ce n’est que ça se déclenche vite, la violence, dans les relations hommes femmes. Dans les deux sens. J’ai l’impression qu’on s’est tous les deux violentés.

Je suis profondément désolée que mon anxiété se soit extériorisée de façon blessante. Je suis désolée aussi que sa façon de me parler de son ressenti ait appuyé pile sur le trauma lié à R, ça a dû souffler mes capacités d’écoute et d’empathie. 

Je réalise qu’on a beau être vigilant.e, se promettre de ne pas faire de mal, tenter d’être toujours bienveillan.e… faire violence à quelqu’un arrive toujours au pire moment. Ce pire moment, c’est quand on se sent soi même acculé.e, menacé.e, fragile. On contre-attaque, et on pense être dans son bon droit. Je me sens rejetée, donc je pense avoir le droit de brandir mon vibro et ma sexualité frustrée en pleine nuit. Il se sent humilié, il a l’impression que je lui ai mis un coup de genou symbolique dans les couilles. Donc il pense avoir le droit de me renvoyer un coup de genou symbolique dans le ventre, pile là où j’ai encore mal. 

Qu’importe la justification qu’on apporte à sa propre violence. Ça ne change rien à l’affaire, on a été violent.e. 

L’absence d’intentionnalité derrière cette violence, ou l’émotion intense qui l’a déclenchée, ne changent rien au fait que : la violence reste de la violence. 

On a été violent.e, il faut en prendre note. Et assumer. 

Je regrette la violence symbolique dans laquelle s’est achevée cette relation. 

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